Dans un monde où l’on cherche à tout rationaliser, la chance reste l’une des grandes énigmes.
Certains la dénigrent, d’autres la glorifient. Mais qu’en est-il vraiment ? La chance peut-elle être un facteur d’investissement mesurable ? Et mieux encore, peut-on la modéliser ? Voilà une question qui, à première vue, paraît appartenir au domaine des rêves, mais qui fascine de plus en plus de chercheurs et de mathématiciens.
Prenons un peu de recul : si la chance joue un rôle dans la vie, alors elle doit aussi avoir un rôle dans nos décisions financières. Ce que certains appellent "flair" ou "intuition" n’est-il pas une manifestation complexe du hasard qui échapperait encore à notre cognition? Mieux encore, si l’on peut concevoir des algorithmes sophistiqués pour prédire la météo ou les tendances boursières, pourquoi ne pourrait-on pas modéliser la chance ? Voici quelques éléments de réponse.
Chance, hasard et investissement : l’illusion du contrôle ?
En investissement, nous aimons croire que nous avons le contrôle. Analyse technique, recherche fondamentale, modèles quantitatifs... Tous les outils sophistiqués sont là pour justifier l'existence de spécialistes capables à la fois de les utiliser et de nous rassurer en nous faisant bénéficier de leurs connaissances: ainsi, nous avons une illusion bien ancrée de maîtriser les marchés. Mais c’est un mythe. Une part significative du succès financier relève de facteurs imprévisibles : la primeur d'une information non encore divulguée, une acquisition surprise, une crise géopolitique, l'article d'un stagiaire trop zélé, une démission inattendue, une innovation technologique imprévue, un changement règlementaire. Voilà où le hasard entre en jeu.
Les grands traders et investisseurs ne se sont-ils pas trouvés au bon endroit au bon moment ? Est-ce vraiment, comme ils aiment à le faire croire, une question de talent? Combien d’entre eux admettent aussi avoir bénéficié d’un peu de chance ? L’investisseur légendaire Warren Buffett lui-même a reconnu que sa position géographique et temporelle avait joué un rôle clé dans son succès. La chance, dans une certaine mesure, ne peut être ignorée. Alors, pourquoi ne pas la comprendre et l’intégrer dans une approche d’investissement ?
Les découvertes inattendues jalonnent l'histoire des sciences. Kevin Dunbar et Jonathan Fugelsang estiment qu'au moins 50 % des avancées majeures sont le fruit du hasard. Penicilline, micro-ondes, même la physique quantique : autant de révélations nées d'accidents transformés en opportunités.
Dans l'investissement, cette sérendipité se traduit par des intuitions fulgurantes ou des moments d'audace où l'on saute sur une opportunité imprévue. À l’instar des chercheurs, les investisseurs les plus avisés savent repérer et exploiter ces instants où le hasard se transforme en chance.
La marche aléatoire est un modèle dominant. Les marchés financiers seraient-ils vraiment imprévisibles ? Christian Walter, dans ses travaux sur la marche aléatoire, suggère que les fluctuations des prix suivent des chemins aléatoires. Autrement dit, aucune analyse ne garantit une prédiction fiable. Mais cette théorie, aussi élégante soit-elle, ne tient pas toujours compte des dynamiques humaines et des biais comportementaux.
Kahneman et Tversky, les pères de la finance comportementale ont montré que nos décisions financières sont souvent biaisées par des heuristiques ou des émotions. Ce sont ces biais psychologiques – la peur de manquer une opportunité, l’effet de troupeau – qui laissent une porte grande ouverte au hasard. Peut-on alors dire que la chance joue autant sur nos décisions que nos biais psychologiques ?
Par ailleurs, des physiciens italiens ont menés des études empiriques sur des décisions d'investissement prises par des singes, sans la moindre analyse des cours boursiers. Ils affirment que ces décisions qui relèvent totalement du hasard, obtiennent d'aussi bons résultats voire de meilleurs quand elles restent soumises au hasard et échappent ainsi aux cerveaux humains. Une telle conclusion pourrait décourager les investisseurs aguerris, mais elle souligne un point crucial : la nécessité d’intégrer l’incertitude dans toute stratégie financière.
Les outils sophistiqués de la finance – analyse technique, modèles quantitatifs – nous donnent un sentiment de maîtrise, d'illusion du contrôle. Mais combien de fois les événements imprévus redessinent-ils le paysage financier ? Une fusion inattendue, un scandale, une innovation technologique bouleversent le cours des choses. La chance, ou son jumeau le hasard, est omniprésente.
L'investisseur chanceux existe-t-il ? Warren Buffett lui-même admet que son succès est en partie dû à sa position géographique et temporelle. Être au bon endroit au bon moment : voilà un concept que peu osent intégrer dans leurs récits de réussite. Mais n'est-ce pas là le rôle de la chance, agissant comme un vent invisible qui propulse les mieux préparés ?
Les statistiques sont la science du hasard, et des penseurs visionnaires ont tenté de s’attaquer à la question de la modélisation de la chance. John von Neumann, l’un des pères fondateurs de la théorie des jeux, pensait déjà que des événements aléatoires pouvaient être prédits, ou du moins intégrés dans des modèles de décision rationnelle. Si le hasard existe, il n’est pas purement chaotique. Les mathématiques, avec la loi des grands nombres, les probabilités et la théorie du chaos, offrent des outils pour tenter de comprendre comment le hasard influence les résultats.
Des sociétés de gestion d’actifs utilisent déjà des modèles basés sur des processus aléatoires pour ajuster leurs portefeuilles. C’est subtil, mais cela consiste à intégrer une part d’imprévu dans les stratégies d’investissement. Peut-on aller plus loin ? La réponse réside peut-être dans l’intelligence artificielle. Des algorithmes de machine learning sont déjà capables d’identifier des corrélations invisibles à l'œil humain. Peut-être qu’à terme, ces IA parviendront à décoder les patterns cachés dans ce que nous appelons aujourd’hui « chance ».
Si modéliser la chance reste un rêve, intégrer le hasard dans sa stratégie comme une variable essentielle est une démarche éclairée. Diversification, résilience et patience deviennent les piliers d'une approche où l’incertitude n’est pas un ennemi, mais un facteur intégré.
Investir, devient alors l'acceptation de naviguer dans l'inconnu. Cette aventure, mêlant savoir et intuition, se nourrit de l'imprévu et de sa beauté. Après tout, comme le disait Pasteur, "le hasard ne favorise que les esprits préparés."
Faut-il compter sur la chance ?
En réalité, l’idée de modéliser la chance a ses limites. L’intelligence humaine, couplée à des outils sophistiqués, peut optimiser les probabilités de réussite, mais elle ne peut pas éliminer totalement l'incertitude. C’est là que réside la beauté de l’investissement : il existe toujours un facteur imprévisible, une part de risque que personne ne peut effacer.
Alors, peut-on modéliser la chance ? Pas encore. Mais intégrer le hasard dans sa stratégie, l’accepter, c’est peut-être la meilleure façon d'investir avec succès. Car après tout, le hasard ne favorise-t-il pas les esprits préparés ?
Animé par la mission de rendre la finance et l'économie plus claires et accessibles, Tristan aide à décrypter les tendances complexes et à explorer des voies alternatives pour répondre aux enjeux globaux de demain. Expert en finance durable, économie et transition énergétique, il partage ses analyses pour participer à la prise de conscience des enjeux et au progrès sociétal.
Dans un monde où l’on cherche à tout rationaliser, la chance reste l’une des grandes énigmes.
Certains la dénigrent, d’autres la glorifient. Mais qu’en est-il vraiment ? La chance peut-elle être un facteur d’investissement mesurable ? Et mieux encore, peut-on la modéliser ? Voilà une question qui, à première vue, paraît appartenir au domaine des rêves, mais qui fascine de plus en plus de chercheurs et de mathématiciens.
Prenons un peu de recul : si la chance joue un rôle dans la vie, alors elle doit aussi avoir un rôle dans nos décisions financières. Ce que certains appellent "flair" ou "intuition" n’est-il pas une manifestation complexe du hasard qui échapperait encore à notre cognition? Mieux encore, si l’on peut concevoir des algorithmes sophistiqués pour prédire la météo ou les tendances boursières, pourquoi ne pourrait-on pas modéliser la chance ? Voici quelques éléments de réponse.
Chance, hasard et investissement : l’illusion du contrôle ?
En investissement, nous aimons croire que nous avons le contrôle. Analyse technique, recherche fondamentale, modèles quantitatifs... Tous les outils sophistiqués sont là pour justifier l'existence de spécialistes capables à la fois de les utiliser et de nous rassurer en nous faisant bénéficier de leurs connaissances: ainsi, nous avons une illusion bien ancrée de maîtriser les marchés. Mais c’est un mythe. Une part significative du succès financier relève de facteurs imprévisibles : la primeur d'une information non encore divulguée, une acquisition surprise, une crise géopolitique, l'article d'un stagiaire trop zélé, une démission inattendue, une innovation technologique imprévue, un changement règlementaire. Voilà où le hasard entre en jeu.
Les grands traders et investisseurs ne se sont-ils pas trouvés au bon endroit au bon moment ? Est-ce vraiment, comme ils aiment à le faire croire, une question de talent? Combien d’entre eux admettent aussi avoir bénéficié d’un peu de chance ? L’investisseur légendaire Warren Buffett lui-même a reconnu que sa position géographique et temporelle avait joué un rôle clé dans son succès. La chance, dans une certaine mesure, ne peut être ignorée. Alors, pourquoi ne pas la comprendre et l’intégrer dans une approche d’investissement ?
Les découvertes inattendues jalonnent l'histoire des sciences. Kevin Dunbar et Jonathan Fugelsang estiment qu'au moins 50 % des avancées majeures sont le fruit du hasard. Penicilline, micro-ondes, même la physique quantique : autant de révélations nées d'accidents transformés en opportunités.
Dans l'investissement, cette sérendipité se traduit par des intuitions fulgurantes ou des moments d'audace où l'on saute sur une opportunité imprévue. À l’instar des chercheurs, les investisseurs les plus avisés savent repérer et exploiter ces instants où le hasard se transforme en chance.
La marche aléatoire est un modèle dominant. Les marchés financiers seraient-ils vraiment imprévisibles ? Christian Walter, dans ses travaux sur la marche aléatoire, suggère que les fluctuations des prix suivent des chemins aléatoires. Autrement dit, aucune analyse ne garantit une prédiction fiable. Mais cette théorie, aussi élégante soit-elle, ne tient pas toujours compte des dynamiques humaines et des biais comportementaux.
Kahneman et Tversky, les pères de la finance comportementale ont montré que nos décisions financières sont souvent biaisées par des heuristiques ou des émotions. Ce sont ces biais psychologiques – la peur de manquer une opportunité, l’effet de troupeau – qui laissent une porte grande ouverte au hasard. Peut-on alors dire que la chance joue autant sur nos décisions que nos biais psychologiques ?
Par ailleurs, des physiciens italiens ont menés des études empiriques sur des décisions d'investissement prises par des singes, sans la moindre analyse des cours boursiers. Ils affirment que ces décisions qui relèvent totalement du hasard, obtiennent d'aussi bons résultats voire de meilleurs quand elles restent soumises au hasard et échappent ainsi aux cerveaux humains. Une telle conclusion pourrait décourager les investisseurs aguerris, mais elle souligne un point crucial : la nécessité d’intégrer l’incertitude dans toute stratégie financière.
Les outils sophistiqués de la finance – analyse technique, modèles quantitatifs – nous donnent un sentiment de maîtrise, d'illusion du contrôle. Mais combien de fois les événements imprévus redessinent-ils le paysage financier ? Une fusion inattendue, un scandale, une innovation technologique bouleversent le cours des choses. La chance, ou son jumeau le hasard, est omniprésente.
L'investisseur chanceux existe-t-il ? Warren Buffett lui-même admet que son succès est en partie dû à sa position géographique et temporelle. Être au bon endroit au bon moment : voilà un concept que peu osent intégrer dans leurs récits de réussite. Mais n'est-ce pas là le rôle de la chance, agissant comme un vent invisible qui propulse les mieux préparés ?
Les statistiques sont la science du hasard, et des penseurs visionnaires ont tenté de s’attaquer à la question de la modélisation de la chance. John von Neumann, l’un des pères fondateurs de la théorie des jeux, pensait déjà que des événements aléatoires pouvaient être prédits, ou du moins intégrés dans des modèles de décision rationnelle. Si le hasard existe, il n’est pas purement chaotique. Les mathématiques, avec la loi des grands nombres, les probabilités et la théorie du chaos, offrent des outils pour tenter de comprendre comment le hasard influence les résultats.
Des sociétés de gestion d’actifs utilisent déjà des modèles basés sur des processus aléatoires pour ajuster leurs portefeuilles. C’est subtil, mais cela consiste à intégrer une part d’imprévu dans les stratégies d’investissement. Peut-on aller plus loin ? La réponse réside peut-être dans l’intelligence artificielle. Des algorithmes de machine learning sont déjà capables d’identifier des corrélations invisibles à l'œil humain. Peut-être qu’à terme, ces IA parviendront à décoder les patterns cachés dans ce que nous appelons aujourd’hui « chance ».
Si modéliser la chance reste un rêve, intégrer le hasard dans sa stratégie comme une variable essentielle est une démarche éclairée. Diversification, résilience et patience deviennent les piliers d'une approche où l’incertitude n’est pas un ennemi, mais un facteur intégré.
Investir, devient alors l'acceptation de naviguer dans l'inconnu. Cette aventure, mêlant savoir et intuition, se nourrit de l'imprévu et de sa beauté. Après tout, comme le disait Pasteur, "le hasard ne favorise que les esprits préparés."
Faut-il compter sur la chance ?
En réalité, l’idée de modéliser la chance a ses limites. L’intelligence humaine, couplée à des outils sophistiqués, peut optimiser les probabilités de réussite, mais elle ne peut pas éliminer totalement l'incertitude. C’est là que réside la beauté de l’investissement : il existe toujours un facteur imprévisible, une part de risque que personne ne peut effacer.
Alors, peut-on modéliser la chance ? Pas encore. Mais intégrer le hasard dans sa stratégie, l’accepter, c’est peut-être la meilleure façon d'investir avec succès. Car après tout, le hasard ne favorise-t-il pas les esprits préparés ?