économie

Quand Washington joue avec le feu monétaire : l’euro et le yuan sur la sellette

Nouvelle guerre des devises en vue ? La stratégie monétaire de Trump relance les tensions commerciales mondiales.

Publié le
31/3/25
, mis à jour le
31/3/25
March 31, 2025

Donald Trump rêve d’un dollar plus faible pour relancer l’économie américaine et redonner un avantage compétitif à ses exportations. Mais cette stratégie monétaire, pensée avec son conseiller Stephen Miran, pourrait semer la tempête dans les économies rivales. De l’Europe à la Chine, les conséquences pourraient être profondes, du ralentissement des exportations aux tensions géopolitiques. Retour sur un jeu de poker monétaire aux implications globales.

Quand le dollar s’effondre, le monde vacille : la stratégie Trump au scalpel

Vous souvenez-vous de la fameuse maxime de l’ex-président américain : « America First » ? Il semble qu’elle revienne sous une nouvelle mouture, plus discrète, plus technique, mais tout aussi explosive. Face à une économie américaine toujours vorace et une scène internationale toujours plus fracturée, Donald Trump et ses conseillers, dans la perspective d’un retour à la Maison-Blanche, remettent en cause un pilier du système monétaire : la robustesse du dollar.

Stephen Miran, ex-conseiller économique sous Trump et analyste influent dans les cercles conservateurs, n’a pas mâché ses mots. Selon lui, le dollar est « trop fort » et nuit à la compétitivité des entreprises américaines. Une dépréciation stratégique serait donc à envisager. L’idée n’est pas neuve, mais elle refait surface avec une vigueur inquiétante : affaiblir le billet vert volontairement pour doper les exportations américaines et restaurer une domination industrielle sur le commerce mondial. Si cette idée séduit certains industriels du Midwest, elle sonne comme une déclaration de guerre dans les bureaux de Francfort et de Pékin.

L’idée d’un dollar affaibli détonne. Pendant des décennies, un dollar fort a incarné le prestige, la stabilité et l’hégémonie économique américaine. Il facilitait l’endettement, attirait les capitaux internationaux, consolidait le statut du dollar comme monnaie de réserve mondiale. Mais ce dollar fort a aussi un revers : une balance commerciale déficitaire, pléthore d’importations bon marché et des exportations de moins en moins compétitives. Pour Trump et les siens, trop, c’est trop.

Mais voilà, la monnaie n’est pas qu’un simple indicateur macroéconomique. C’est aussi un outil géopolitique. Et si les États-Unis décident de jouer à la baisse, les secousses se feront sentir à des milliers de kilomètres — en Europe d’abord, en Chine ensuite, et bien au-delà.

L’Europe menacée en plein effort de redressement économique

Prenons l’Europe. La zone euro ressemble à un équilibriste sur un fil trop fin. Elle tente simultanément de relancer la croissance après les secousses de la pandémie et de contenir une inflation encore tenace. La BCE, épuisée par des années de taux bas puis d’interventions d’urgence, nage entre reprise hésitante et inquiétude chronique sur les prix.

Un dollar affaibli dans ce contexte aurait l’effet d’une brique dans la machinerie déjà fragilisée. Car mécaniquement, un dollar qui baisse, c’est un euro qui grimpe. Et un euro qui grimpe, ce sont des exportations européennes plus chères, donc moins compétitives sur les marchés hors UE. L’industrie allemande, déjà secouée par les délocalisations et le ralentissement chinois, verrait ses exportations se contracter. Pour des pays dont le modèle repose sur la puissance manufacturière (l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Italie du Nord), ce serait une vraie claque.

Mais ce n’est pas tout. Un euro fort aurait aussi des conséquences sur la politique monétaire. Normalement, une monnaie plus forte tend à importer moins d’inflation : les biens étrangers coûtent moins cher. Mais aujourd’hui, les pressions sur les prix sont multiples : énergie, salaires, matières premières. Et l’euro fort ne ferait que retarder la baisse de l’inflation en excluant certaines dynamiques internes. Cela mettrait la BCE dans une position presque kafkaïenne : relâcher sa politique pour soutenir les exportations… au risque de raviver l’inflation domestique.

Et puis, il y a la réalité politique. Dans un continent où la colère sociale gronde, où les extrêmes montent, où la confiance dans les élites s’effrite, une nouvelle pression sur l’emploi industriel ressemble à une recette pour la fracture. Difficile d’expliquer à un ouvrier slovaque ou à un électeur allemand que le rebond américain doit se faire sur le dos de la compétitivité européenne.

La Chine, entre yuan fort et faiblesse structurelle

Pour la Chine, le scénario n’est guère plus réjouissant. L’empire du Milieu fait face à un ralentissement qu’on n’ose plus appeler « temporaire ». Le miracle chinois n’est plus ce qu’il était : immobilier en crise, démographie en recul, tensions technologiques avec l’Occident. Dans ce contexte, la Chine continue de miser sur ses exportations comme moteur de croissance. Une dépréciation du dollar viendrait gripper cette mécanique.

Car à nouveau, un dollar plus faible signifie un yuan plus fort… à moins de laisser filer le yuan, ce que Pékin n’aime pas faire, obsédée par la stabilité. Officiellement, la Banque populaire de Chine nie toute manipulation de change et vise une stabilité de sa devise. Mais en coulisses, personne n’ignore que Pékin surveille de très près le niveau du renminbi pour rester compétitif.

Un yuan trop fort, donc, et l’industrie chinoise voit ses marges s’effondrer. Les exportateurs, qui cumulent déjà les sanctions, les restrictions, les relocalisations occidentales et la montée des coûts, seraient soumis à une pression supplémentaire. Et là aussi, le piège est redoutable : pour éviter une appréciation, Pékin pourrait être tentée d’intervenir sur les marchés des changes, alimentant la suspicion d’une nouvelle guerre des devises. De quoi raviver la tension avec Washington... ironie ultime, puisque cette tension viendrait en réaction à une politique américaine de dépréciation délibérée du dollar.

Si la Chine intervenait pour affaiblir le yuan, et si d’autres pays suivaient, le monde entrerait dans une nouvelle séquence de guerre monétaire où chacun chercherait son avantage en sacrifiant la stabilité mondiale.

Le spectre des années 1930 et la tentation du chacun pour soi

Ce scénario évoque les très sombres années 1930. À l’époque, les dévaluations compétitives se vendaient comme des remèdes miracles. Chaque pays cherchait à exporter sa crise. Le résultat ? Une contraction du commerce mondial, des tensions diplomatiques, une montée des nationalismes. Le protectionnisme monétaire a un parfum rance, celui du repli sur soi, de la défiance globale.

Mais en 2024, le monde est différent. Plus connecté, plus interdépendant, mais aussi plus vulnérable aux chocs spéculatifs. Une baisse brutale du dollar pourrait déclencher des réallocations massives de capitaux, une instabilité sur les marchés émergents, des faillites de dettes en dollars. Les matières premières, souvent libellées en dollar, deviendraient moins chères dans l’absolu, mais cela provoquerait un effet domino sur les économies dépendantes de leurs exportations — à commencer par l’Afrique et l’Amérique latine.

Et pendant que le monde chercherait un nouvel équilibre, Trump pourrait fanfaronner : l’économie américaine, soutenue par ses exportations bon marché et son marché intérieur robuste, en sortirait peut-être temporairement gagnante. Mais pour combien de temps ? Le capital étranger pourrait fuir. La dette américaine, abyssale, deviendrait plus chère à financer. Les partenaires commerciaux réagiront, par des mesures de rétorsions, des hausses de droits de douane, voire des boycotts larvés.

Une stratégie risquée, mais politiquement séduisante

Alors pourquoi Trump, homme d’affaires autant que tribun, miserait-il sur cette stratégie ? Parce qu’elle est simple à vendre. Parce qu’elle offre un ennemi facile à désigner : les autres. L’Europe qui triche. La Chine qui manipule. Les élites globalistes qui affament les blue-collars. Et parce qu’en période électorale, simplifier les solutions est une arme redoutable.

Une dépréciation du dollar peut être emballée dans un discours populiste : sauver les usines américaines, redonner du pouvoir aux « vrais travailleurs », reprendre le contrôle. C’est un message qui touche, qui frappe, surtout dans l’Amérique rurale et industrielle. Peu importe que les conséquences macroéconomiques soient complexes ou incertaines : dans une campagne, l’émotion compte plus que les chiffres.

D’autant plus que dans la culture politique trumpienne, la Fed est trop indépendante, les économistes sont trop théoriques, et la diplomatie trop soumise. Alors, pourquoi ne pas agir directement ? Pourquoi ne pas nommer des responsables à la Réserve fédérale plus favorables à une politique monétaire expansionniste ? Pour Trump, la monnaie est un levier, pas un tabou.

Une partie d’échecs monétaire face à un monde divisé

Mais le vrai danger, c’est que le monde ne parle plus d’une seule voix. Dans les années 2000, le G20 permettait encore de coordonner les politiques économiques. Aujourd’hui, c’est chacun pour soi. L’Europe, divisée politiquement, peine à agir d’une seule main. La Chine suit son propre agenda. L’Inde regarde d’abord son marché intérieur. La Russie est isolée. L’Afrique est courtisée mais sous-équipée.

Dans ce contexte, une initiative unilatérale des États-Unis sur la monnaie agit comme une onde de choc. Ni Bruxelles ni Pékin ne pourront l’ignorer. Et aucune réponse ne sera simple. Hausse de taux, interventions de change, nouvelles règles commerciales, tout est sur la table.

Et dans ce bras de fer monétaire, ce sont souvent les plus fragiles qui paient l’addition : les PME exportatrices, les économies émergentes, les ménages endettés en dollar.

Une tentation trumpienne à prendre au sérieux

Le retour d’un Donald Trump plus aguerri, plus radicalisé et mieux épaulé économiquement ne peut laisser personne indifférent. Sa volonté d’imposer un dollar faible ne relève pas du fantasme : elle s’inscrit dans une logique politique intérieure puissante, et dans une lecture très américaine des rapports économiques.

Mais elle menace aussi de déséquilibrer gravement un système financier mondial déjà vulnérable, en proie à des foyers d'inflation, des dettes vertigineuses et des courbes démographiques déstabilisantes.

Animé par la mission de rendre la finance et l'économie plus claires et accessibles, Tristan aide à décrypter les tendances complexes et à explorer des voies alternatives pour répondre aux enjeux globaux de demain. Expert en finance durable, économie et transition énergétique, il partage ses analyses pour participer à la prise de conscience des enjeux et au progrès sociétal.

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Quand Washington joue avec le feu monétaire : l’euro et le yuan sur la sellette

Publié le
March 31, 2025
, mis à jour le
31/3/25
March 31, 2025

Donald Trump rêve d’un dollar plus faible pour relancer l’économie américaine et redonner un avantage compétitif à ses exportations. Mais cette stratégie monétaire, pensée avec son conseiller Stephen Miran, pourrait semer la tempête dans les économies rivales. De l’Europe à la Chine, les conséquences pourraient être profondes, du ralentissement des exportations aux tensions géopolitiques. Retour sur un jeu de poker monétaire aux implications globales.

Quand le dollar s’effondre, le monde vacille : la stratégie Trump au scalpel

Vous souvenez-vous de la fameuse maxime de l’ex-président américain : « America First » ? Il semble qu’elle revienne sous une nouvelle mouture, plus discrète, plus technique, mais tout aussi explosive. Face à une économie américaine toujours vorace et une scène internationale toujours plus fracturée, Donald Trump et ses conseillers, dans la perspective d’un retour à la Maison-Blanche, remettent en cause un pilier du système monétaire : la robustesse du dollar.

Stephen Miran, ex-conseiller économique sous Trump et analyste influent dans les cercles conservateurs, n’a pas mâché ses mots. Selon lui, le dollar est « trop fort » et nuit à la compétitivité des entreprises américaines. Une dépréciation stratégique serait donc à envisager. L’idée n’est pas neuve, mais elle refait surface avec une vigueur inquiétante : affaiblir le billet vert volontairement pour doper les exportations américaines et restaurer une domination industrielle sur le commerce mondial. Si cette idée séduit certains industriels du Midwest, elle sonne comme une déclaration de guerre dans les bureaux de Francfort et de Pékin.

L’idée d’un dollar affaibli détonne. Pendant des décennies, un dollar fort a incarné le prestige, la stabilité et l’hégémonie économique américaine. Il facilitait l’endettement, attirait les capitaux internationaux, consolidait le statut du dollar comme monnaie de réserve mondiale. Mais ce dollar fort a aussi un revers : une balance commerciale déficitaire, pléthore d’importations bon marché et des exportations de moins en moins compétitives. Pour Trump et les siens, trop, c’est trop.

Mais voilà, la monnaie n’est pas qu’un simple indicateur macroéconomique. C’est aussi un outil géopolitique. Et si les États-Unis décident de jouer à la baisse, les secousses se feront sentir à des milliers de kilomètres — en Europe d’abord, en Chine ensuite, et bien au-delà.

L’Europe menacée en plein effort de redressement économique

Prenons l’Europe. La zone euro ressemble à un équilibriste sur un fil trop fin. Elle tente simultanément de relancer la croissance après les secousses de la pandémie et de contenir une inflation encore tenace. La BCE, épuisée par des années de taux bas puis d’interventions d’urgence, nage entre reprise hésitante et inquiétude chronique sur les prix.

Un dollar affaibli dans ce contexte aurait l’effet d’une brique dans la machinerie déjà fragilisée. Car mécaniquement, un dollar qui baisse, c’est un euro qui grimpe. Et un euro qui grimpe, ce sont des exportations européennes plus chères, donc moins compétitives sur les marchés hors UE. L’industrie allemande, déjà secouée par les délocalisations et le ralentissement chinois, verrait ses exportations se contracter. Pour des pays dont le modèle repose sur la puissance manufacturière (l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Italie du Nord), ce serait une vraie claque.

Mais ce n’est pas tout. Un euro fort aurait aussi des conséquences sur la politique monétaire. Normalement, une monnaie plus forte tend à importer moins d’inflation : les biens étrangers coûtent moins cher. Mais aujourd’hui, les pressions sur les prix sont multiples : énergie, salaires, matières premières. Et l’euro fort ne ferait que retarder la baisse de l’inflation en excluant certaines dynamiques internes. Cela mettrait la BCE dans une position presque kafkaïenne : relâcher sa politique pour soutenir les exportations… au risque de raviver l’inflation domestique.

Et puis, il y a la réalité politique. Dans un continent où la colère sociale gronde, où les extrêmes montent, où la confiance dans les élites s’effrite, une nouvelle pression sur l’emploi industriel ressemble à une recette pour la fracture. Difficile d’expliquer à un ouvrier slovaque ou à un électeur allemand que le rebond américain doit se faire sur le dos de la compétitivité européenne.

La Chine, entre yuan fort et faiblesse structurelle

Pour la Chine, le scénario n’est guère plus réjouissant. L’empire du Milieu fait face à un ralentissement qu’on n’ose plus appeler « temporaire ». Le miracle chinois n’est plus ce qu’il était : immobilier en crise, démographie en recul, tensions technologiques avec l’Occident. Dans ce contexte, la Chine continue de miser sur ses exportations comme moteur de croissance. Une dépréciation du dollar viendrait gripper cette mécanique.

Car à nouveau, un dollar plus faible signifie un yuan plus fort… à moins de laisser filer le yuan, ce que Pékin n’aime pas faire, obsédée par la stabilité. Officiellement, la Banque populaire de Chine nie toute manipulation de change et vise une stabilité de sa devise. Mais en coulisses, personne n’ignore que Pékin surveille de très près le niveau du renminbi pour rester compétitif.

Un yuan trop fort, donc, et l’industrie chinoise voit ses marges s’effondrer. Les exportateurs, qui cumulent déjà les sanctions, les restrictions, les relocalisations occidentales et la montée des coûts, seraient soumis à une pression supplémentaire. Et là aussi, le piège est redoutable : pour éviter une appréciation, Pékin pourrait être tentée d’intervenir sur les marchés des changes, alimentant la suspicion d’une nouvelle guerre des devises. De quoi raviver la tension avec Washington... ironie ultime, puisque cette tension viendrait en réaction à une politique américaine de dépréciation délibérée du dollar.

Si la Chine intervenait pour affaiblir le yuan, et si d’autres pays suivaient, le monde entrerait dans une nouvelle séquence de guerre monétaire où chacun chercherait son avantage en sacrifiant la stabilité mondiale.

Le spectre des années 1930 et la tentation du chacun pour soi

Ce scénario évoque les très sombres années 1930. À l’époque, les dévaluations compétitives se vendaient comme des remèdes miracles. Chaque pays cherchait à exporter sa crise. Le résultat ? Une contraction du commerce mondial, des tensions diplomatiques, une montée des nationalismes. Le protectionnisme monétaire a un parfum rance, celui du repli sur soi, de la défiance globale.

Mais en 2024, le monde est différent. Plus connecté, plus interdépendant, mais aussi plus vulnérable aux chocs spéculatifs. Une baisse brutale du dollar pourrait déclencher des réallocations massives de capitaux, une instabilité sur les marchés émergents, des faillites de dettes en dollars. Les matières premières, souvent libellées en dollar, deviendraient moins chères dans l’absolu, mais cela provoquerait un effet domino sur les économies dépendantes de leurs exportations — à commencer par l’Afrique et l’Amérique latine.

Et pendant que le monde chercherait un nouvel équilibre, Trump pourrait fanfaronner : l’économie américaine, soutenue par ses exportations bon marché et son marché intérieur robuste, en sortirait peut-être temporairement gagnante. Mais pour combien de temps ? Le capital étranger pourrait fuir. La dette américaine, abyssale, deviendrait plus chère à financer. Les partenaires commerciaux réagiront, par des mesures de rétorsions, des hausses de droits de douane, voire des boycotts larvés.

Une stratégie risquée, mais politiquement séduisante

Alors pourquoi Trump, homme d’affaires autant que tribun, miserait-il sur cette stratégie ? Parce qu’elle est simple à vendre. Parce qu’elle offre un ennemi facile à désigner : les autres. L’Europe qui triche. La Chine qui manipule. Les élites globalistes qui affament les blue-collars. Et parce qu’en période électorale, simplifier les solutions est une arme redoutable.

Une dépréciation du dollar peut être emballée dans un discours populiste : sauver les usines américaines, redonner du pouvoir aux « vrais travailleurs », reprendre le contrôle. C’est un message qui touche, qui frappe, surtout dans l’Amérique rurale et industrielle. Peu importe que les conséquences macroéconomiques soient complexes ou incertaines : dans une campagne, l’émotion compte plus que les chiffres.

D’autant plus que dans la culture politique trumpienne, la Fed est trop indépendante, les économistes sont trop théoriques, et la diplomatie trop soumise. Alors, pourquoi ne pas agir directement ? Pourquoi ne pas nommer des responsables à la Réserve fédérale plus favorables à une politique monétaire expansionniste ? Pour Trump, la monnaie est un levier, pas un tabou.

Une partie d’échecs monétaire face à un monde divisé

Mais le vrai danger, c’est que le monde ne parle plus d’une seule voix. Dans les années 2000, le G20 permettait encore de coordonner les politiques économiques. Aujourd’hui, c’est chacun pour soi. L’Europe, divisée politiquement, peine à agir d’une seule main. La Chine suit son propre agenda. L’Inde regarde d’abord son marché intérieur. La Russie est isolée. L’Afrique est courtisée mais sous-équipée.

Dans ce contexte, une initiative unilatérale des États-Unis sur la monnaie agit comme une onde de choc. Ni Bruxelles ni Pékin ne pourront l’ignorer. Et aucune réponse ne sera simple. Hausse de taux, interventions de change, nouvelles règles commerciales, tout est sur la table.

Et dans ce bras de fer monétaire, ce sont souvent les plus fragiles qui paient l’addition : les PME exportatrices, les économies émergentes, les ménages endettés en dollar.

Une tentation trumpienne à prendre au sérieux

Le retour d’un Donald Trump plus aguerri, plus radicalisé et mieux épaulé économiquement ne peut laisser personne indifférent. Sa volonté d’imposer un dollar faible ne relève pas du fantasme : elle s’inscrit dans une logique politique intérieure puissante, et dans une lecture très américaine des rapports économiques.

Mais elle menace aussi de déséquilibrer gravement un système financier mondial déjà vulnérable, en proie à des foyers d'inflation, des dettes vertigineuses et des courbes démographiques déstabilisantes.

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