économie

Comment la Chine a pris le pouvoir sur les énergies renouvelables ?

Premier pollueur mondial ou champion de la transition énergétique ? L'empire du milieu façonne le futur des énergies renouvelables.

Publié le
20/2/25
, mis à jour le
20/2/25
February 20, 2025

Longtemps considérée comme une nation dépendante du charbon et symbole de la pollution, la Chine s’est métamorphosée en leader incontesté des énergies renouvelables. Grâce à des investissements colossaux et une stratégie industrielle implacable, elle domine aujourd’hui la production mondiale de panneaux solaires, d’éoliennes et de batteries. Mais cette montée en puissance cache des paradoxes : malgré ses ambitions vertes, le pays continue de s’appuyer massivement sur le charbon pour alimenter son économie. Alors, la Chine est-elle sincèrement engagée dans la transition énergétique ou joue-t-elle une carte purement stratégique ? Décryptage d’un bouleversement majeur aux conséquences économiques et géopolitiques profondes.

Comment la Chine est devenue le leader mondial des énergies renouvelables ? 

Lorsque l’on parle de transition énergétique, les regards se tournent souvent vers l’Europe ou les États-Unis. Pourtant, c’est bien la Chine qui mène la danse. En une décennie, l’Empire du Milieu a transformé son modèle énergétique pour s’imposer comme le leader incontesté des énergies vertes. Mais comment ce géant, longtemps accusé d’être le plus grand pollueur de la planète, est-il parvenu à se hisser en tête du classement mondial ? La réponse tient en trois mots : vision, investissements et contrôle.  

Un plan stratégique à long terme  

Derrière l’ascension fulgurante de la Chine dans les énergies renouvelables se cache une volonté politique forte. Dès les années 2000, Pékin a identifié la transition énergétique comme un levier fondamental de son développement. Le pays, dépendant du charbon pour alimenter son industrie et sa croissance, s’est rendu compte de l’urgence d’une évolution. Non seulement la pollution atmosphérique devenait un problème de santé publique majeur, mais la dépendance aux combustibles fossiles posait également des risques stratégiques et économiques.  

C’est ainsi qu’ont été lancés d’immenses plans de développement dans le solaire, l’éolien et l’hydraulique. La Chine ne s’est pas contentée d’installer des infrastructures : elle a tout mis en œuvre pour contrôler la chaîne d’approvisionnement et en devenir le principal acteur. Résultat, elle détient aujourd’hui **plus de 50 % des capacités mondiales d’énergie solaire et éolienne installées**.  

Des investissements colossaux

La clé de cette domination repose sur une politique d’investissements agressive. Entre 2013 et 2023, la Chine a injecté plus de 800 milliards de dollars dans les énergies renouvelables, un montant supérieur à celui des États-Unis et de l’Europe combinés. Ces fonds ont servi à financer la recherche, construire d’immenses fermes solaires et éoliennes mais aussi à subventionner massivement les entreprises du secteur.  

Le pays s’est ainsi doté de la plus grande usine solaire du monde dans le désert de Tengger, et d’immenses parcs éoliens offshore en mer de Chine. L’objectif est clair : asseoir sa position et réduire progressivement sa dépendance aux énergies fossiles.  

Une domination industrielle écrasante  

Si la Chine n’était qu’un simple consommateur d’énergies renouvelables, son influence serait limitée. Mais l’Empire du Milieu a été bien plus loin en prenant le contrôle des chaînes de production. Aujourd’hui, 80 % des panneaux solaires mondiaux et plus de 60 % des batteries lithium-ion sont fabriqués en Chine. Les géants industriels comme CATL et BYD sont devenus incontournables sur le marché des batteries, tandis que des entreprises comme LONGi Solar dominent la production de panneaux photovoltaïques.  

Ce monopole lui permet non seulement de décider des prix mondiaux, mais aussi de peser sur les transitions énergétiques des autres nations. L’Europe et les États-Unis, pris dans cette dépendance, tentent de réagir en relocalisant leur production. Mais combler l’écart avec la Chine demandera des années.  

L’ombre persistante du charbon  

Cependant, ce tableau impressionnant cache une réalité moins reluisante. Si la Chine est championne des énergies renouvelables, elle reste aussi le plus grand consommateur de charbon au monde. Près de 60 % de son électricité provient encore de cette source d’énergie ultra-polluante.  

Pourquoi cette dépendance persiste-t-elle ? Parce que la croissance économique chinoise repose encore fortement sur des industries énergivores, comme la sidérurgie ou les semi-conducteurs. Pékin ne peut pas, du jour au lendemain, délaisser le charbon sans risquer de ralentir son expansion.  

Pire encore, alors qu’elle affiche des ambitions écologiques, la Chine continue de construire de nouvelles centrales à charbon. En 2023, plus de 50 GW de nouvelles capacités ont été mises en service, un chiffre qui détonne avec l’image d’un pays en plein virage vert.  

Un rôle central dans la transition mondiale 

Malgré ces paradoxes, une chose est certaine : la Chine est aujourd’hui l’acteur incontournable de la transition énergétique mondiale. Son avance en matière de technologies vertes et son positionnement stratégique dans les chaînes de production font d’elle le pays qui influence le plus l’avenir énergétique du globe.  

Si elle parvient à accélérer l’abandon du charbon et à exploiter pleinement son potentiel en énergies renouvelables, elle pourra jouer un rôle décisif dans la lutte contre le changement climatique. Mais pour cela, il lui faudra résoudre ses contradictions et garantir que sa transition énergétique ne soit pas uniquement un levier économique, mais bien une transformation profonde et durable.  

Alors, la Chine est-elle réellement un modèle de transition écologique ? La réponse est nuancée. D’un côté, elle mène la course en matière d’énergies renouvelables, révolutionnant le secteur grâce à son industrie et ses investissements massifs. De l’autre, elle reste fortement ancrée dans sa dépendance au charbon, ce qui ralentit son virage vers un modèle entièrement décarboné.  

Ce qui est certain, c’est que le monde ne pourra pas atteindre ses objectifs climatiques sans la Chine. Son poids économique, sa puissance industrielle et son influence sur les marchés de l’énergie font d’elle un acteur clé de l’équation climatique. Reste à voir si Pékin fera le choix d’accélérer encore sa transition ou si son double jeu énergétique se prolongera dans les décennies à venir. Dans tous les cas, l’avenir des énergies renouvelables s’écrit en chinois.

Animé par la mission de rendre la finance et l'économie plus claires et accessibles, Tristan aide à décrypter les tendances complexes et à explorer des voies alternatives pour répondre aux enjeux globaux de demain. Expert en finance durable, économie et transition énergétique, il partage ses analyses pour participer à la prise de conscience des enjeux et au progrès sociétal.

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Comment la Chine a pris le pouvoir sur les énergies renouvelables ?

Publié le
February 20, 2025
, mis à jour le
20/2/25
February 20, 2025

Longtemps considérée comme une nation dépendante du charbon et symbole de la pollution, la Chine s’est métamorphosée en leader incontesté des énergies renouvelables. Grâce à des investissements colossaux et une stratégie industrielle implacable, elle domine aujourd’hui la production mondiale de panneaux solaires, d’éoliennes et de batteries. Mais cette montée en puissance cache des paradoxes : malgré ses ambitions vertes, le pays continue de s’appuyer massivement sur le charbon pour alimenter son économie. Alors, la Chine est-elle sincèrement engagée dans la transition énergétique ou joue-t-elle une carte purement stratégique ? Décryptage d’un bouleversement majeur aux conséquences économiques et géopolitiques profondes.

Comment la Chine est devenue le leader mondial des énergies renouvelables ? 

Lorsque l’on parle de transition énergétique, les regards se tournent souvent vers l’Europe ou les États-Unis. Pourtant, c’est bien la Chine qui mène la danse. En une décennie, l’Empire du Milieu a transformé son modèle énergétique pour s’imposer comme le leader incontesté des énergies vertes. Mais comment ce géant, longtemps accusé d’être le plus grand pollueur de la planète, est-il parvenu à se hisser en tête du classement mondial ? La réponse tient en trois mots : vision, investissements et contrôle.  

Un plan stratégique à long terme  

Derrière l’ascension fulgurante de la Chine dans les énergies renouvelables se cache une volonté politique forte. Dès les années 2000, Pékin a identifié la transition énergétique comme un levier fondamental de son développement. Le pays, dépendant du charbon pour alimenter son industrie et sa croissance, s’est rendu compte de l’urgence d’une évolution. Non seulement la pollution atmosphérique devenait un problème de santé publique majeur, mais la dépendance aux combustibles fossiles posait également des risques stratégiques et économiques.  

C’est ainsi qu’ont été lancés d’immenses plans de développement dans le solaire, l’éolien et l’hydraulique. La Chine ne s’est pas contentée d’installer des infrastructures : elle a tout mis en œuvre pour contrôler la chaîne d’approvisionnement et en devenir le principal acteur. Résultat, elle détient aujourd’hui **plus de 50 % des capacités mondiales d’énergie solaire et éolienne installées**.  

Des investissements colossaux

La clé de cette domination repose sur une politique d’investissements agressive. Entre 2013 et 2023, la Chine a injecté plus de 800 milliards de dollars dans les énergies renouvelables, un montant supérieur à celui des États-Unis et de l’Europe combinés. Ces fonds ont servi à financer la recherche, construire d’immenses fermes solaires et éoliennes mais aussi à subventionner massivement les entreprises du secteur.  

Le pays s’est ainsi doté de la plus grande usine solaire du monde dans le désert de Tengger, et d’immenses parcs éoliens offshore en mer de Chine. L’objectif est clair : asseoir sa position et réduire progressivement sa dépendance aux énergies fossiles.  

Une domination industrielle écrasante  

Si la Chine n’était qu’un simple consommateur d’énergies renouvelables, son influence serait limitée. Mais l’Empire du Milieu a été bien plus loin en prenant le contrôle des chaînes de production. Aujourd’hui, 80 % des panneaux solaires mondiaux et plus de 60 % des batteries lithium-ion sont fabriqués en Chine. Les géants industriels comme CATL et BYD sont devenus incontournables sur le marché des batteries, tandis que des entreprises comme LONGi Solar dominent la production de panneaux photovoltaïques.  

Ce monopole lui permet non seulement de décider des prix mondiaux, mais aussi de peser sur les transitions énergétiques des autres nations. L’Europe et les États-Unis, pris dans cette dépendance, tentent de réagir en relocalisant leur production. Mais combler l’écart avec la Chine demandera des années.  

L’ombre persistante du charbon  

Cependant, ce tableau impressionnant cache une réalité moins reluisante. Si la Chine est championne des énergies renouvelables, elle reste aussi le plus grand consommateur de charbon au monde. Près de 60 % de son électricité provient encore de cette source d’énergie ultra-polluante.  

Pourquoi cette dépendance persiste-t-elle ? Parce que la croissance économique chinoise repose encore fortement sur des industries énergivores, comme la sidérurgie ou les semi-conducteurs. Pékin ne peut pas, du jour au lendemain, délaisser le charbon sans risquer de ralentir son expansion.  

Pire encore, alors qu’elle affiche des ambitions écologiques, la Chine continue de construire de nouvelles centrales à charbon. En 2023, plus de 50 GW de nouvelles capacités ont été mises en service, un chiffre qui détonne avec l’image d’un pays en plein virage vert.  

Un rôle central dans la transition mondiale 

Malgré ces paradoxes, une chose est certaine : la Chine est aujourd’hui l’acteur incontournable de la transition énergétique mondiale. Son avance en matière de technologies vertes et son positionnement stratégique dans les chaînes de production font d’elle le pays qui influence le plus l’avenir énergétique du globe.  

Si elle parvient à accélérer l’abandon du charbon et à exploiter pleinement son potentiel en énergies renouvelables, elle pourra jouer un rôle décisif dans la lutte contre le changement climatique. Mais pour cela, il lui faudra résoudre ses contradictions et garantir que sa transition énergétique ne soit pas uniquement un levier économique, mais bien une transformation profonde et durable.  

Alors, la Chine est-elle réellement un modèle de transition écologique ? La réponse est nuancée. D’un côté, elle mène la course en matière d’énergies renouvelables, révolutionnant le secteur grâce à son industrie et ses investissements massifs. De l’autre, elle reste fortement ancrée dans sa dépendance au charbon, ce qui ralentit son virage vers un modèle entièrement décarboné.  

Ce qui est certain, c’est que le monde ne pourra pas atteindre ses objectifs climatiques sans la Chine. Son poids économique, sa puissance industrielle et son influence sur les marchés de l’énergie font d’elle un acteur clé de l’équation climatique. Reste à voir si Pékin fera le choix d’accélérer encore sa transition ou si son double jeu énergétique se prolongera dans les décennies à venir. Dans tous les cas, l’avenir des énergies renouvelables s’écrit en chinois.

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