économie

Entre IA, industrie et produits chinois : Comment la France prépare son avenir économique ?

Le double pari de Bercy : réindustrialiser le pays et repousser l'invasion des produits chinois à coups d'innovation et de stratégie.

Publié le
5/2/25
, mis à jour le
5/2/25
February 5, 2025

Dans un monde où la concurrence internationale s'accentue, la France veut renforcer sa souveraineté économique. À grands coups d’intelligence artificielle, de réindustrialisation et d’équité face aux importations chinoises, Bercy dévoile ses ambitions pour 2025. Entre innovation technologique, protection des filières locales et volonté d'alléger sa dépendance, le gouvernement vise un équilibre entre compétitivité et autonomie stratégique.

Imaginez une table d'échecs géante où chaque nation avance ses pions avec détermination, cherchant à consolider son influence économique dans un univers de tensions géopolitiques et d'innovations galopantes. C'est exactement sur cet échiquier stratégique que la France, sous la houlette de Bercy, entre en lice. Et pour surmonter les défis monumentaux que posent la mondialisation et l’hyperspécialisation des chaînes de production, le pays veut muscler ses capacités locales. L’ennemi désigné ? La dépendance aux produits étrangers, surtout chinois, et un tissu industriel en perte de vitesse. Les armes choisies ? L’intelligence artificielle (IA), une nouvelle vague de réindustrialisation et une régulation anti-dumping économique. L’objectif ? Faire rayonner la souveraineté "Made in France".

L’IA, ce levier qui pourrait définir le leadership technologique de demain  

Thomas Courbe, directeur général des entreprises au sein de Bercy, ne le cache pas : l’IA n’est plus une option, c'est une condition sine qua non de la compétitivité de demain. Pour replacer la France sur cette ligne de départ décisive, il ne s’agit pas seulement d’accélérer les investissements dans les startups ou les laboratoires de recherche. Non, la stratégie va bien au-delà. L'ambition est d'intégrer cette révolution technologique à l'ensemble du tissu entrepreneurial, des grandes industries aux PME.

Prenons un instant pour perdre nos repères. Imaginez-vous produire des pièces automobiles où des algorithmes IA prévoient avec précision les défauts avant même qu'ils n’apparaissent, ou développer des textiles dits "intelligents" capables d’analyser des signes vitaux en temps réel. Cette transition industrielle, rendue possible grâce à l’intelligence artificielle, ne concerne pas seulement la science-fiction. Elle représente déjà l’avenir que Bercy envisage pour soutenir les filières stratégiques.

Mais pourquoi une telle offensive sur l’IA ? L’explication est simple : les géants comme les États-Unis et la Chine dominent outrageusement le secteur, cumulant brevets, talents et parts de marchés. Si la France veut exister au-delà d'une posture purement défensive, elle se doit d’employer une stratégie systématique, combinant fiscalité attractive, accélérateurs de startups et incitations pour faire revenir les innovations sur le sol hexagonal.

Cependant, l’ampleur du défi appelle à un constat franc : la France a du retard. En 2020, seuls 14 % des entreprises françaises utilisaient des technologies d’IA dans leur processus interne, contre 25 % en Allemagne ou 44 % aux États-Unis. Cela dit, Bercy joue désormais cartes sur table et veut catalyser 10 milliards d’euros pour financer des projets technologiques disruptifs d’ici 2025. L'objectif ? Faire de l'IA un instrument non seulement au service de l'innovation, mais surtout de l'emploi et de l’autonomie économique.

Réindustrialisation : un retour sur le ring pour conquérir l’emploi et la production locale  

La France aurait-elle négligé l'importance d'une industrie forte sur son territoire ? Il est indéniable qu’en vingt ans, la part de l’industrie dans le PIB français s’est effondrée, atteignant seulement 14 %, contre 21 % chez notre voisin allemand. Ce "chaînon manquant", analysé par des économistes depuis des années, prend aujourd'hui une toute autre dimension dans une économie mondialisée fragilisée par des ruptures d’approvisionnement. L'expérience COVID-19 a agi comme un électrochoc : impossible d’accepter que des produits aussi essentiels que les masques proviennent à 90 % de l’étranger.

Voici donc le deuxième axe stratégique de Bercy : relancer la construction d’usines et attirer des investissements massifs dans les infrastructures industrielles locales. L'objectif n'est pas simplement de rapatrier des capacités de production, mais de bâtir des industries pérennes. Concrètement, cela passe par le développement de pôles d'excellence, notamment dans les filières de l'énergie renouvelable, des semi-conducteurs et même de la production alimentaire optimisée.

Que signifie cela pour l’économie réelle ? De nouveaux hubs de production, principalement en régions, destinés à remettre les territoires au cœur du débat. Bercy appuie notamment sur des mécanismes de modernisation des infrastructures, promettant des subventions pour les entreprises qui relocalisent. Autre volet : le rôle de l’État stratège dans les appels d’offres publics, où une priorité pourrait être donnée aux acteurs nationaux.

Les détracteurs de cette vision arguent néanmoins qu’il s'agit d'une utopie coûteuse. "Pourquoi lutter contre des coûts de production asiatiques trois à cinq fois moindres ?" La réponse de Bercy est sans appel : avec des chaînes d'approvisionnement dérégulées ou des conflits géopolitiques en Asie-Pacifique, les coûts masqués de notre dépendance pourraient bientôt être beaucoup plus élevés que les salaires européens.

Face aux Produits Chinois : une France en quête d'équité économique 

C'est le troisième acte du grand théâtre économique que Paris met en scène. Si la concurrence internationale a toujours été rude, la domination des produits chinois sur les marchés européens atteint désormais des sommets. Téléphones, panneaux solaires, vêtements… Quasiment tous les secteurs voient leurs marges absorbées par une compétitivité redoutable, alimentée par des subventions étatiques massives en Chine.

Dans ce contexte, parler de protectionnisme est presque devenu un gros mot. Pourtant, les règles du jeu commercial mondial biaisées imposent un débat sans compromis. À Bercy, on privilégie le terme "équité". Ce dernier inclut une refonte des stratégies d'importation en misant sur une régulation à la fois européenne et diplomatique. Objectif : contrer ce que certains appellent "la diplomatie commerciale agressive" de Pékin.

Un exemple frappant est celui des panneaux photovoltaïques. La Chine, leader incontestée du secteur, inonde le marché à des prix cassés. Pendant ce temps, les entreprises européennes peinent à survivre. Pour redresser la balance, Thomas Courbe met en avant deux armes : d'une part, imposer des quotas ou surtaxes douanières sur certains produits stratégiques ; d'autre part, donner des coups de boost financiers aux fabricants locaux au moyen de subventions et d'incitations fiscales.

Toutefois, la stratégie anti-domination chinoise doit jouer finement pour ne pas embraser des tensions commerciales déjà palpables. Le soutien appuyé de Bruxelles sera ici crucial. Une Europe concertée pèsera face aux superpuissances mondiales, là où une France isolée ne pourrait prospérer seule.

Des horizons plus verts pour rassurer l’avenir  

Pour finir, impossible de parler de cette reconquête industrielle et technologique sans évoquer la teinte verte qui imprègne toutes ces politiques. Investir massivement dans les énergies renouvelables, financer les matériaux recyclés ou encore dompter l’hydrogène vert figurent parmi les priorités d’un Bercy convaincu que croissance et transition écologique sont compatibles.

Ainsi, l’ambition est claire : faire de la souveraineté française un modèle d’autonomie, certes, mais aussi de durabilité. Dans ce combat, chaque usine rapatriée et chaque innovation en IA représente une pierre de plus au grand édifice de l'économie verte.

La souveraineté, combat du siècle ou lubie temporaire ? 

Alors, ce plan matérialisé par le rapport de la DGE est-il réaliste ? Il est encore trop tôt pour le dire. Mais ce qui est sûr, c’est que la France n’a pas d’autre choix que de miser sur ces grands axes structurants. Les années à venir diront si ces paris stratégiques sur l’intelligence artificielle, la réindustrialisation et l’équité commerciale trouveront un écho favorable dans les faits.

En attendant, les dirigeants économiques et politiques savent qu'ils devront jouer une partition entre audace et diplomatie, innovation et protection. Car sur ce vaste échiquier qu'est la mondialisation, les erreurs de calcul se paient souvent cher.

Animé par la mission de rendre la finance et l'économie plus claires et accessibles, Tristan aide à décrypter les tendances complexes et à explorer des voies alternatives pour répondre aux enjeux globaux de demain. Expert en finance durable, économie et transition énergétique, il partage ses analyses pour participer à la prise de conscience des enjeux et au progrès sociétal.

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Entre IA, industrie et produits chinois : Comment la France prépare son avenir économique ?

Publié le
February 5, 2025
, mis à jour le
5/2/25
February 5, 2025

Dans un monde où la concurrence internationale s'accentue, la France veut renforcer sa souveraineté économique. À grands coups d’intelligence artificielle, de réindustrialisation et d’équité face aux importations chinoises, Bercy dévoile ses ambitions pour 2025. Entre innovation technologique, protection des filières locales et volonté d'alléger sa dépendance, le gouvernement vise un équilibre entre compétitivité et autonomie stratégique.

Imaginez une table d'échecs géante où chaque nation avance ses pions avec détermination, cherchant à consolider son influence économique dans un univers de tensions géopolitiques et d'innovations galopantes. C'est exactement sur cet échiquier stratégique que la France, sous la houlette de Bercy, entre en lice. Et pour surmonter les défis monumentaux que posent la mondialisation et l’hyperspécialisation des chaînes de production, le pays veut muscler ses capacités locales. L’ennemi désigné ? La dépendance aux produits étrangers, surtout chinois, et un tissu industriel en perte de vitesse. Les armes choisies ? L’intelligence artificielle (IA), une nouvelle vague de réindustrialisation et une régulation anti-dumping économique. L’objectif ? Faire rayonner la souveraineté "Made in France".

L’IA, ce levier qui pourrait définir le leadership technologique de demain  

Thomas Courbe, directeur général des entreprises au sein de Bercy, ne le cache pas : l’IA n’est plus une option, c'est une condition sine qua non de la compétitivité de demain. Pour replacer la France sur cette ligne de départ décisive, il ne s’agit pas seulement d’accélérer les investissements dans les startups ou les laboratoires de recherche. Non, la stratégie va bien au-delà. L'ambition est d'intégrer cette révolution technologique à l'ensemble du tissu entrepreneurial, des grandes industries aux PME.

Prenons un instant pour perdre nos repères. Imaginez-vous produire des pièces automobiles où des algorithmes IA prévoient avec précision les défauts avant même qu'ils n’apparaissent, ou développer des textiles dits "intelligents" capables d’analyser des signes vitaux en temps réel. Cette transition industrielle, rendue possible grâce à l’intelligence artificielle, ne concerne pas seulement la science-fiction. Elle représente déjà l’avenir que Bercy envisage pour soutenir les filières stratégiques.

Mais pourquoi une telle offensive sur l’IA ? L’explication est simple : les géants comme les États-Unis et la Chine dominent outrageusement le secteur, cumulant brevets, talents et parts de marchés. Si la France veut exister au-delà d'une posture purement défensive, elle se doit d’employer une stratégie systématique, combinant fiscalité attractive, accélérateurs de startups et incitations pour faire revenir les innovations sur le sol hexagonal.

Cependant, l’ampleur du défi appelle à un constat franc : la France a du retard. En 2020, seuls 14 % des entreprises françaises utilisaient des technologies d’IA dans leur processus interne, contre 25 % en Allemagne ou 44 % aux États-Unis. Cela dit, Bercy joue désormais cartes sur table et veut catalyser 10 milliards d’euros pour financer des projets technologiques disruptifs d’ici 2025. L'objectif ? Faire de l'IA un instrument non seulement au service de l'innovation, mais surtout de l'emploi et de l’autonomie économique.

Réindustrialisation : un retour sur le ring pour conquérir l’emploi et la production locale  

La France aurait-elle négligé l'importance d'une industrie forte sur son territoire ? Il est indéniable qu’en vingt ans, la part de l’industrie dans le PIB français s’est effondrée, atteignant seulement 14 %, contre 21 % chez notre voisin allemand. Ce "chaînon manquant", analysé par des économistes depuis des années, prend aujourd'hui une toute autre dimension dans une économie mondialisée fragilisée par des ruptures d’approvisionnement. L'expérience COVID-19 a agi comme un électrochoc : impossible d’accepter que des produits aussi essentiels que les masques proviennent à 90 % de l’étranger.

Voici donc le deuxième axe stratégique de Bercy : relancer la construction d’usines et attirer des investissements massifs dans les infrastructures industrielles locales. L'objectif n'est pas simplement de rapatrier des capacités de production, mais de bâtir des industries pérennes. Concrètement, cela passe par le développement de pôles d'excellence, notamment dans les filières de l'énergie renouvelable, des semi-conducteurs et même de la production alimentaire optimisée.

Que signifie cela pour l’économie réelle ? De nouveaux hubs de production, principalement en régions, destinés à remettre les territoires au cœur du débat. Bercy appuie notamment sur des mécanismes de modernisation des infrastructures, promettant des subventions pour les entreprises qui relocalisent. Autre volet : le rôle de l’État stratège dans les appels d’offres publics, où une priorité pourrait être donnée aux acteurs nationaux.

Les détracteurs de cette vision arguent néanmoins qu’il s'agit d'une utopie coûteuse. "Pourquoi lutter contre des coûts de production asiatiques trois à cinq fois moindres ?" La réponse de Bercy est sans appel : avec des chaînes d'approvisionnement dérégulées ou des conflits géopolitiques en Asie-Pacifique, les coûts masqués de notre dépendance pourraient bientôt être beaucoup plus élevés que les salaires européens.

Face aux Produits Chinois : une France en quête d'équité économique 

C'est le troisième acte du grand théâtre économique que Paris met en scène. Si la concurrence internationale a toujours été rude, la domination des produits chinois sur les marchés européens atteint désormais des sommets. Téléphones, panneaux solaires, vêtements… Quasiment tous les secteurs voient leurs marges absorbées par une compétitivité redoutable, alimentée par des subventions étatiques massives en Chine.

Dans ce contexte, parler de protectionnisme est presque devenu un gros mot. Pourtant, les règles du jeu commercial mondial biaisées imposent un débat sans compromis. À Bercy, on privilégie le terme "équité". Ce dernier inclut une refonte des stratégies d'importation en misant sur une régulation à la fois européenne et diplomatique. Objectif : contrer ce que certains appellent "la diplomatie commerciale agressive" de Pékin.

Un exemple frappant est celui des panneaux photovoltaïques. La Chine, leader incontestée du secteur, inonde le marché à des prix cassés. Pendant ce temps, les entreprises européennes peinent à survivre. Pour redresser la balance, Thomas Courbe met en avant deux armes : d'une part, imposer des quotas ou surtaxes douanières sur certains produits stratégiques ; d'autre part, donner des coups de boost financiers aux fabricants locaux au moyen de subventions et d'incitations fiscales.

Toutefois, la stratégie anti-domination chinoise doit jouer finement pour ne pas embraser des tensions commerciales déjà palpables. Le soutien appuyé de Bruxelles sera ici crucial. Une Europe concertée pèsera face aux superpuissances mondiales, là où une France isolée ne pourrait prospérer seule.

Des horizons plus verts pour rassurer l’avenir  

Pour finir, impossible de parler de cette reconquête industrielle et technologique sans évoquer la teinte verte qui imprègne toutes ces politiques. Investir massivement dans les énergies renouvelables, financer les matériaux recyclés ou encore dompter l’hydrogène vert figurent parmi les priorités d’un Bercy convaincu que croissance et transition écologique sont compatibles.

Ainsi, l’ambition est claire : faire de la souveraineté française un modèle d’autonomie, certes, mais aussi de durabilité. Dans ce combat, chaque usine rapatriée et chaque innovation en IA représente une pierre de plus au grand édifice de l'économie verte.

La souveraineté, combat du siècle ou lubie temporaire ? 

Alors, ce plan matérialisé par le rapport de la DGE est-il réaliste ? Il est encore trop tôt pour le dire. Mais ce qui est sûr, c’est que la France n’a pas d’autre choix que de miser sur ces grands axes structurants. Les années à venir diront si ces paris stratégiques sur l’intelligence artificielle, la réindustrialisation et l’équité commerciale trouveront un écho favorable dans les faits.

En attendant, les dirigeants économiques et politiques savent qu'ils devront jouer une partition entre audace et diplomatie, innovation et protection. Car sur ce vaste échiquier qu'est la mondialisation, les erreurs de calcul se paient souvent cher.

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