économie

Faillites d’entreprises : quand l’instabilité politique précipite l'économie française dans la tourmente.

Avec 18 % de faillites en plus, l’entrepreneuriat français est malmené. Quelles solutions pour stopper l’hémorragie ?

Publié le
8/1/25
, mis à jour le
8/1/25
January 8, 2025

L'économie française vacille : 65 000 entreprises ont disparu en un an et l’instabilité politique est montrée du doigt. Les PME et TPE, déjà fragiles, peinent à jongler avec l’inflation, les tensions sociales et des réformes non consensuelles. Comment expliquer cette crise et, surtout, quelles pistes explorer pour en sortir ?

L'économie française traverse un virage dangereux où les signaux d’alerte se multiplient. Une réalité brutale vient de frapper à nouveau : en un an, le nombre de faillites d’entreprises a bondi de 18 %, culminant à plus de 65 000 cas. Derrière ces chiffres se cachent des drames humains, des rêves brisés, des emplois perdus et une fragilité inquiétante pour des entreprises, particulièrement les petites et moyennes structures, qui composent la colonne vertébrale du tissu économique français. Pourquoi ce sombre bilan ? Que révèlent ces faillites ? Et, surtout, où se situe la sortie de secours ?

De l’euphorie post-COVID au choc économique  

Il n’y a pas si longtemps, le paysage économique français semblait prêt à se reconstruire sur les ruines laissées par la pandémie. Les dispositifs tels que le PGE (Prêt Garanti par l’État) ou le chômage partiel donnaient de l’oxygène artificiel à des milliers d’entreprises étouffées par les confinements successifs. Mais la fin de ces soutiens a ouvert une autre boîte de Pandore : une vague de remboursements pour les dettes accumulées, une inflation galopante et une consommation en berne. Combiné à des tensions structurelles anciennes, ce cocktail explosif a propulsé des milliers d’entrepreneurs dans une impasse.  

Pour les PME et TPE, qui constituent plus de 90 % des faillites enregistrées cette année, l’équation semble insoluble. Déjà malmenées par une faible marge de manœuvre financière, elles doivent désormais faire face à une flambée des coûts de l’énergie, des loyers commerciaux en hausse et, surtout, à des conditions d’accès au crédit beaucoup plus restrictives. La Banque centrale européenne (BCE), dans sa volonté de juguler l’inflation, n’a pas hésité à relever ses taux d’intérêt à des sommets inédits depuis plus d’une décennie. Résultat : emprunter aujourd’hui est devenu un parcours du combattant. Les trésoreries s’assèchent, les projets d’investissement sont reportés sine die et, pour certains dirigeants, la seule issue est la faillite.  

L’ombre portée de l’instabilité politique  

Cependant, au-delà du cadre économique, un facteur plus insidieux creuse cette dégringolade : l’instabilité politique. La France, déjà coutumière des bras de fer entre le gouvernement et la rue, a vu cette tension se cristalliser en 2024 autour de la réforme des retraites. Manifestations, grèves, blocages : ces épisodes d’une rare intensité ont non seulement paralysé certains secteurs, mais ont aussi miné la confiance des acteurs économiques. Comment investir sereinement lorsque la rue brûle et qu’un contexte d’incertitude brouille l’avenir ?  

Les entrepreneurs, notamment dans les secteurs du commerce et de l’hôtellerie-restauration, se souviennent encore des images de vitrines fracassées et des déferlements de contestataires dans les centres-villes. Pour beaucoup d’entre eux, 2024 fut l'année où ils ont vu leur clientèle fuir, effrayée ou incapable de consommer dans des zones bloquées. À cela s’ajoutent les incertitudes fiscales. Les ajustements annoncés par le gouvernement – parfois requalifiés en volte-face politique sous pression – rendent impossible toute anticipation à moyen terme pour des gestionnaires déjà sous pression.  

Un climat social apaisé est pourtant essentiel aux affaires. Les économies prospèrent là où l’environnement réglementaire est prévisible et où le dialogue civil tempère les soubresauts. À l’inverse, dans ce contexte explosif, la prise de risques devient un pari perdu d’avance. « L’instabilité politique s’insinue dans nos décisions de gestion quotidienne, nous sommes moins audacieux et plus méfiants », confie Claire, une dirigeante d’une petite entreprise textile de la région lyonnaise, qui envisage de geler ses projets de recrutement pour 2025.  

L’effet domino : la fragilité des petites structures  

Les faillites en cascade révèlent une autre vérité désarmante : la fragilité structurelle des entreprises en France. La France est une nation d’entrepreneurs, certes, mais la majorité de ces chefs d’entreprise dirigent des structures modestes, souvent à peine rentables. Une hausse des charges sociales, une taxe inattendue ou un mauvais trimestre peuvent suffire à plonger ces entreprises dans une crise irrémédiable.  

Dans ce contexte, l’effet domino est redoutable. Lorsqu’une PME tombe, elle entraîne souvent ses fournisseurs, sous-traitants ou partenaires financiers dans un engrenage destructeur. Une boulangerie qui ferme ses portes ne prive pas seulement ses clients de leurs croissants matinaux, elle peut aussi fragiliser le producteur de farine local, l’entreprise d’entretien des fours industriels ou encore le photographe indépendant qui travaillait sur ses brochures commerciales.  

L’analyse des secteurs les plus touchés par ces faillites met celui du bâtiment en tête de liste. Longtemps perçu comme une valeur refuge, le secteur est confronté à des commandes en recul, des retards de paiement et une explosion des coûts des matières premières. À ceci s’ajoute un phénomène inédit : de nombreux ménages reportent ou annulent leurs projets de rénovation ou de construction, faute d’obtenir des crédits bancaires attractifs.  

Quelles solutions pour stopper l’hémorragie ?  

Des économistes et chefs d’entreprises interpellent régulièrement les pouvoirs publics sur l’urgence d’une prise en charge pertinente et efficace. Pourtant, à l'heure actuelle, les réponses tardent. L’appel héroïque à la BCE pour alléger sa politique monétaire se heurte à la priorité internationale donnée à la lutte contre l’inflation. Et sur le front des aides directes aux entreprises, le gouvernement reste prudent, arguant de la nécessité de ne pas creuser davantage la dette publique.  

Certains avancent des solutions pragmatiques. Allonger les délais de paiement des charges fiscales et sociales pourrait offrir une bouffée d’air aux entreprises en asphyxie. Favoriser le financement via des prêts participatifs ou développer une fiscalité temporairement allégée pour les PME les plus fragiles sont également évoqués. Mais ces mesures ne remplaceront jamais la nécessité d’un cap politique clair et stable.  

Une économie ne peut prospérer dans un flou artistique permanent. Si l’instabilité politique continue de faire vaciller la confiance des entrepreneurs, le frein au rebond économique s’alourdit. Ce n’est pas tant une question de réformes – bien que celles-ci doivent être menées avec tact et concertation – qu’une question de posture. L’État doit se positionner comme partenaire des entreprises, et non comme un acteur imprévisible qui multiplie les ajustements sans cohérence stratégique.  

Perspectives pour 2025 : entre prudence et résilience  

L’année 2025 s’ouvre sur un horizon économique incertain. Bien que certains indicateurs, comme une possible décélération de l’inflation, invitent à un espoir modéré, d’autres défis s’annoncent. L’accès au crédit pourrait rester restreint tant que la BCE persiste dans sa ligne dure. Par ailleurs, si des réformes structurantes et consensuelles ne sont pas rapidement entamées, le climat d’instabilité risque de peser durablement sur l’attractivité économique du pays.  

Pour les entrepreneurs, il s’agit plus que jamais d’adopter des stratégies flexibles et de renforcer leurs capacités d'adaptation. Mais cette résilience individuelle aura ses limites si elle n'est pas soutenue par un cadre macroéconomique apaisé et structurant.  

La question est donc cruciale : 2025 sera-t-elle l’année où l’État et les entrepreneurs renoueront avec un véritable partenariat de confiance ? Ou restera-t-elle marquée par les échos d’une instabilité chronique, incapable de juguler la spirale des faillites ? Le futur de l’économie française se joue ici, entre optimisme craintif et volonté de sursaut collectif.

Animé par la mission de rendre la finance et l'économie plus claires et accessibles, Tristan aide à décrypter les tendances complexes et à explorer des voies alternatives pour répondre aux enjeux globaux de demain. Expert en finance durable, économie et transition énergétique, il partage ses analyses pour participer à la prise de conscience des enjeux et au progrès sociétal.

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Faillites d’entreprises : quand l’instabilité politique précipite l'économie française dans la tourmente.

Publié le
January 8, 2025
, mis à jour le
8/1/25
January 8, 2025

L'économie française vacille : 65 000 entreprises ont disparu en un an et l’instabilité politique est montrée du doigt. Les PME et TPE, déjà fragiles, peinent à jongler avec l’inflation, les tensions sociales et des réformes non consensuelles. Comment expliquer cette crise et, surtout, quelles pistes explorer pour en sortir ?

L'économie française traverse un virage dangereux où les signaux d’alerte se multiplient. Une réalité brutale vient de frapper à nouveau : en un an, le nombre de faillites d’entreprises a bondi de 18 %, culminant à plus de 65 000 cas. Derrière ces chiffres se cachent des drames humains, des rêves brisés, des emplois perdus et une fragilité inquiétante pour des entreprises, particulièrement les petites et moyennes structures, qui composent la colonne vertébrale du tissu économique français. Pourquoi ce sombre bilan ? Que révèlent ces faillites ? Et, surtout, où se situe la sortie de secours ?

De l’euphorie post-COVID au choc économique  

Il n’y a pas si longtemps, le paysage économique français semblait prêt à se reconstruire sur les ruines laissées par la pandémie. Les dispositifs tels que le PGE (Prêt Garanti par l’État) ou le chômage partiel donnaient de l’oxygène artificiel à des milliers d’entreprises étouffées par les confinements successifs. Mais la fin de ces soutiens a ouvert une autre boîte de Pandore : une vague de remboursements pour les dettes accumulées, une inflation galopante et une consommation en berne. Combiné à des tensions structurelles anciennes, ce cocktail explosif a propulsé des milliers d’entrepreneurs dans une impasse.  

Pour les PME et TPE, qui constituent plus de 90 % des faillites enregistrées cette année, l’équation semble insoluble. Déjà malmenées par une faible marge de manœuvre financière, elles doivent désormais faire face à une flambée des coûts de l’énergie, des loyers commerciaux en hausse et, surtout, à des conditions d’accès au crédit beaucoup plus restrictives. La Banque centrale européenne (BCE), dans sa volonté de juguler l’inflation, n’a pas hésité à relever ses taux d’intérêt à des sommets inédits depuis plus d’une décennie. Résultat : emprunter aujourd’hui est devenu un parcours du combattant. Les trésoreries s’assèchent, les projets d’investissement sont reportés sine die et, pour certains dirigeants, la seule issue est la faillite.  

L’ombre portée de l’instabilité politique  

Cependant, au-delà du cadre économique, un facteur plus insidieux creuse cette dégringolade : l’instabilité politique. La France, déjà coutumière des bras de fer entre le gouvernement et la rue, a vu cette tension se cristalliser en 2024 autour de la réforme des retraites. Manifestations, grèves, blocages : ces épisodes d’une rare intensité ont non seulement paralysé certains secteurs, mais ont aussi miné la confiance des acteurs économiques. Comment investir sereinement lorsque la rue brûle et qu’un contexte d’incertitude brouille l’avenir ?  

Les entrepreneurs, notamment dans les secteurs du commerce et de l’hôtellerie-restauration, se souviennent encore des images de vitrines fracassées et des déferlements de contestataires dans les centres-villes. Pour beaucoup d’entre eux, 2024 fut l'année où ils ont vu leur clientèle fuir, effrayée ou incapable de consommer dans des zones bloquées. À cela s’ajoutent les incertitudes fiscales. Les ajustements annoncés par le gouvernement – parfois requalifiés en volte-face politique sous pression – rendent impossible toute anticipation à moyen terme pour des gestionnaires déjà sous pression.  

Un climat social apaisé est pourtant essentiel aux affaires. Les économies prospèrent là où l’environnement réglementaire est prévisible et où le dialogue civil tempère les soubresauts. À l’inverse, dans ce contexte explosif, la prise de risques devient un pari perdu d’avance. « L’instabilité politique s’insinue dans nos décisions de gestion quotidienne, nous sommes moins audacieux et plus méfiants », confie Claire, une dirigeante d’une petite entreprise textile de la région lyonnaise, qui envisage de geler ses projets de recrutement pour 2025.  

L’effet domino : la fragilité des petites structures  

Les faillites en cascade révèlent une autre vérité désarmante : la fragilité structurelle des entreprises en France. La France est une nation d’entrepreneurs, certes, mais la majorité de ces chefs d’entreprise dirigent des structures modestes, souvent à peine rentables. Une hausse des charges sociales, une taxe inattendue ou un mauvais trimestre peuvent suffire à plonger ces entreprises dans une crise irrémédiable.  

Dans ce contexte, l’effet domino est redoutable. Lorsqu’une PME tombe, elle entraîne souvent ses fournisseurs, sous-traitants ou partenaires financiers dans un engrenage destructeur. Une boulangerie qui ferme ses portes ne prive pas seulement ses clients de leurs croissants matinaux, elle peut aussi fragiliser le producteur de farine local, l’entreprise d’entretien des fours industriels ou encore le photographe indépendant qui travaillait sur ses brochures commerciales.  

L’analyse des secteurs les plus touchés par ces faillites met celui du bâtiment en tête de liste. Longtemps perçu comme une valeur refuge, le secteur est confronté à des commandes en recul, des retards de paiement et une explosion des coûts des matières premières. À ceci s’ajoute un phénomène inédit : de nombreux ménages reportent ou annulent leurs projets de rénovation ou de construction, faute d’obtenir des crédits bancaires attractifs.  

Quelles solutions pour stopper l’hémorragie ?  

Des économistes et chefs d’entreprises interpellent régulièrement les pouvoirs publics sur l’urgence d’une prise en charge pertinente et efficace. Pourtant, à l'heure actuelle, les réponses tardent. L’appel héroïque à la BCE pour alléger sa politique monétaire se heurte à la priorité internationale donnée à la lutte contre l’inflation. Et sur le front des aides directes aux entreprises, le gouvernement reste prudent, arguant de la nécessité de ne pas creuser davantage la dette publique.  

Certains avancent des solutions pragmatiques. Allonger les délais de paiement des charges fiscales et sociales pourrait offrir une bouffée d’air aux entreprises en asphyxie. Favoriser le financement via des prêts participatifs ou développer une fiscalité temporairement allégée pour les PME les plus fragiles sont également évoqués. Mais ces mesures ne remplaceront jamais la nécessité d’un cap politique clair et stable.  

Une économie ne peut prospérer dans un flou artistique permanent. Si l’instabilité politique continue de faire vaciller la confiance des entrepreneurs, le frein au rebond économique s’alourdit. Ce n’est pas tant une question de réformes – bien que celles-ci doivent être menées avec tact et concertation – qu’une question de posture. L’État doit se positionner comme partenaire des entreprises, et non comme un acteur imprévisible qui multiplie les ajustements sans cohérence stratégique.  

Perspectives pour 2025 : entre prudence et résilience  

L’année 2025 s’ouvre sur un horizon économique incertain. Bien que certains indicateurs, comme une possible décélération de l’inflation, invitent à un espoir modéré, d’autres défis s’annoncent. L’accès au crédit pourrait rester restreint tant que la BCE persiste dans sa ligne dure. Par ailleurs, si des réformes structurantes et consensuelles ne sont pas rapidement entamées, le climat d’instabilité risque de peser durablement sur l’attractivité économique du pays.  

Pour les entrepreneurs, il s’agit plus que jamais d’adopter des stratégies flexibles et de renforcer leurs capacités d'adaptation. Mais cette résilience individuelle aura ses limites si elle n'est pas soutenue par un cadre macroéconomique apaisé et structurant.  

La question est donc cruciale : 2025 sera-t-elle l’année où l’État et les entrepreneurs renoueront avec un véritable partenariat de confiance ? Ou restera-t-elle marquée par les échos d’une instabilité chronique, incapable de juguler la spirale des faillites ? Le futur de l’économie française se joue ici, entre optimisme craintif et volonté de sursaut collectif.

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