économie

Frais de notaire, donations, prêt à taux zéro : les réformes chocs de Bayrou pour relancer l'immobilier en 2025

Moins de frais, plus d’aides : ce que prépare l’exécutif pour simplifier l’accès à la propriété.

Publié le
20/2/25
, mis à jour le
20/2/25
February 20, 2025

Face aux tensions du marché immobilier et aux difficultés d’accès à la propriété, François Bayrou prépare une série de mesures pour 2025. Parmi elles, un allègement fiscal sur les donations, une refonte des frais de notaire et un élargissement du prêt à taux zéro. L’objectif ? Accélérer les transmissions de patrimoine, dynamiser les transactions et ouvrir davantage l’accès à l’achat immobilier. Si ces réformes séduisent sur le papier, elles interrogent aussi sur leur financement et leur impact réel sur le marché. Décryptage d’une stratégie qui pourrait remodeler l'immobilier français.   

Un allègement fiscal sur les donations pour favoriser la transmission immobilière 

Aujourd’hui, nombre de familles hésitent à transmettre leur patrimoine à leurs enfants, de peur d’être alourdies par des taxes excessives. François Bayrou entend corriger ce frein en revalorisant les abattements fiscaux sur les donations immobilières, permettant ainsi des transmissions plus fluides et moins coûteuses. L’idée serait d’augmenter le plafond des donations exonérées d’impôts, voire d’instaurer des dispositifs incitatifs pour encourager la mise en location des biens donnés.  

Cette mesure s’inscrit dans une volonté plus large de faciliter la mobilité immobilière. En incitant les propriétaires seniors à transmettre une partie de leur patrimoine plus tôt, Bayrou espère libérer des logements pour les générations suivantes, tout en évitant aux héritiers de trop lourdes charges fiscales lors de la succession. Une telle réforme pourrait éviter le gel de nombreux biens qui restent souvent inoccupés par crainte d’un coût fiscal prohibitif.  

Mais cette mesure pose aussi des questions budgétaires. Une hausse des abattements signifie une réduction des recettes fiscales pour l’État. Certains experts s’inquiètent de voir les finances publiques encore plus sous pression en cas d’application trop généreuse du dispositif. Reste à voir comment Bayrou entend compenser ces pertes, sans alourdir d’autres prélèvements.  

Des frais de notaire révisés pour simplifier les transactions immobilières  

Autre cheval de bataille du Premier Ministre: la réforme des frais de notaire. Contrairement aux craintes habituelles d'une majoration de ces coûts, l’idée n’est pas ici d’augmenter la facture pour les acheteurs et vendeurs, mais plutôt de simplifier la structure des frais dans le but de les rendre plus transparents.  

Aujourd’hui, les frais de notaire – bien que souvent appelés « frais », comprennent en réalité taxes et émoluments – sont jugés trop élevés et trop complexes à comprendre pour le grand public. Bayrou souhaiterait notamment revoir la part revenant réellement aux notaires, mais aussi celle des taxes perçues par l’État et les collectivités locales. L’un des objectifs est d’inciter à davantage de fluidité dans les transactions immobilières, en levant des barrières tarifaires parfois perçues comme dissuasives.  

Un autre point à l’étude serait la mise en place d’un barème plus progressif. Actuellement, les frais sont en grande partie proportionnels à la valeur du bien, ce qui pénalise les acheteurs – notamment ceux des classes moyennes tentant de monter en gamme. En rééquilibrant cette tarification, Bayrou espère rendre l’accession à la propriété plus accessible, surtout pour les primo-accédants.  

Si les notaires pourraient voir d’un mauvais œil une réforme qui toucherait à leur rémunération, l’État, lui, verrait ses recettes affectées en cas de réduction des taxes. Cela pose encore une fois la question des arbitrages budgétaires, l’immobilier étant une source majeure de revenus pour les finances publiques.  

Une refonte du prêt à taux zéro pour atteindre plus de ménages 

Dernier volet clé de cette série de mesures : l’élargissement du prêt à taux zéro (PTZ). Outil phare du soutien à l’accession à la propriété, ce prêt aidé par l’État permet aux primo-accédants de financer une partie de leur achat immobilier sans payer d’intérêts. Cependant, son efficacité est aujourd’hui freinée par des critères d’éligibilité jugés trop restrictifs et un ciblage géographique qui exclut certaines zones encore accessibles.  

Bayrou veut revoir la copie en élargissant l’accès à un plus grand nombre de foyers. Plusieurs pistes sont évoquées : une augmentation des plafonds de revenus pour intégrer une part plus large de la classe moyenne, une extension du PTZ dans les zones considérées comme "à revitaliser", mais qui en sont aujourd’hui exclues, ou encore un assouplissement des conditions de remboursement.  

Le marché immobilier ayant subi des hausses de prix fulgurantes ces dernières années, nombreux sont ceux qui ne peuvent plus prétendre au PTZ alors que leur capacité d’achat est largement entamée par l’inflation des prix immobiliers (supérieure à l'inflation calculée par l'INSEE) et la hausse des taux d’intérêt. Assurer une plus grande couverture du dispositif pourrait relancer le marché, notamment en facilitant les premières acquisitions.  

Cependant, ici aussi, le financement reste une question sensible. Élargir le PTZ signifie nécessairement un effort budgétaire supplémentaire pour l’État, qui subventionne indirectement ces prêts. L'exécutif parviendra-t-il à concilier cette ambition sociale avec des finances publiques déjà serrées ?  

Un nouvel équilibre entre dynamisme économique et prudence budgétaire

Si ces trois mesures ont un potentiel de transformation réel pour le marché immobilier, elles impliquent aussi des défis de mise en œuvre. Bayrou veut donner un coup d’accélérateur aux transactions immobilières en rendant la transmission de patrimoine plus fluide, en allégeant le poids des frais administratifs, et en favorisant l’accession à la propriété avec un PTZ renforcé. Cela pourrait redynamiser un marché parfois engorgé et offrir aux nouvelles générations de meilleures perspectives d’achat.  

Toutefois, à chaque levier d’action correspond un manque à gagner pour l’État. Un accroissement des donations exonérées, une révision des frais de notaire et un PTZ plus généreux représentent autant d’efforts budgétaires qui devront être compensés par ailleurs.  

Alors que l’immobilier reste un sujet brûlant sur le plan économique et social, la question de l’équilibre entre soutien au marché et soutenabilité budgétaire sera centrale. Reste à savoir si ces réformes iront jusqu’au bout et, surtout, si elles auront les effets escomptés sur le terrain. En attendant, propriétaires et futurs acheteurs scrutent avec attention les annonces à venir.

Animé par la mission de rendre la finance et l'économie plus claires et accessibles, Tristan aide à décrypter les tendances complexes et à explorer des voies alternatives pour répondre aux enjeux globaux de demain. Expert en finance durable, économie et transition énergétique, il partage ses analyses pour participer à la prise de conscience des enjeux et au progrès sociétal.

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Frais de notaire, donations, prêt à taux zéro : les réformes chocs de Bayrou pour relancer l'immobilier en 2025

Publié le
February 20, 2025
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20/2/25
February 20, 2025

Face aux tensions du marché immobilier et aux difficultés d’accès à la propriété, François Bayrou prépare une série de mesures pour 2025. Parmi elles, un allègement fiscal sur les donations, une refonte des frais de notaire et un élargissement du prêt à taux zéro. L’objectif ? Accélérer les transmissions de patrimoine, dynamiser les transactions et ouvrir davantage l’accès à l’achat immobilier. Si ces réformes séduisent sur le papier, elles interrogent aussi sur leur financement et leur impact réel sur le marché. Décryptage d’une stratégie qui pourrait remodeler l'immobilier français.   

Un allègement fiscal sur les donations pour favoriser la transmission immobilière 

Aujourd’hui, nombre de familles hésitent à transmettre leur patrimoine à leurs enfants, de peur d’être alourdies par des taxes excessives. François Bayrou entend corriger ce frein en revalorisant les abattements fiscaux sur les donations immobilières, permettant ainsi des transmissions plus fluides et moins coûteuses. L’idée serait d’augmenter le plafond des donations exonérées d’impôts, voire d’instaurer des dispositifs incitatifs pour encourager la mise en location des biens donnés.  

Cette mesure s’inscrit dans une volonté plus large de faciliter la mobilité immobilière. En incitant les propriétaires seniors à transmettre une partie de leur patrimoine plus tôt, Bayrou espère libérer des logements pour les générations suivantes, tout en évitant aux héritiers de trop lourdes charges fiscales lors de la succession. Une telle réforme pourrait éviter le gel de nombreux biens qui restent souvent inoccupés par crainte d’un coût fiscal prohibitif.  

Mais cette mesure pose aussi des questions budgétaires. Une hausse des abattements signifie une réduction des recettes fiscales pour l’État. Certains experts s’inquiètent de voir les finances publiques encore plus sous pression en cas d’application trop généreuse du dispositif. Reste à voir comment Bayrou entend compenser ces pertes, sans alourdir d’autres prélèvements.  

Des frais de notaire révisés pour simplifier les transactions immobilières  

Autre cheval de bataille du Premier Ministre: la réforme des frais de notaire. Contrairement aux craintes habituelles d'une majoration de ces coûts, l’idée n’est pas ici d’augmenter la facture pour les acheteurs et vendeurs, mais plutôt de simplifier la structure des frais dans le but de les rendre plus transparents.  

Aujourd’hui, les frais de notaire – bien que souvent appelés « frais », comprennent en réalité taxes et émoluments – sont jugés trop élevés et trop complexes à comprendre pour le grand public. Bayrou souhaiterait notamment revoir la part revenant réellement aux notaires, mais aussi celle des taxes perçues par l’État et les collectivités locales. L’un des objectifs est d’inciter à davantage de fluidité dans les transactions immobilières, en levant des barrières tarifaires parfois perçues comme dissuasives.  

Un autre point à l’étude serait la mise en place d’un barème plus progressif. Actuellement, les frais sont en grande partie proportionnels à la valeur du bien, ce qui pénalise les acheteurs – notamment ceux des classes moyennes tentant de monter en gamme. En rééquilibrant cette tarification, Bayrou espère rendre l’accession à la propriété plus accessible, surtout pour les primo-accédants.  

Si les notaires pourraient voir d’un mauvais œil une réforme qui toucherait à leur rémunération, l’État, lui, verrait ses recettes affectées en cas de réduction des taxes. Cela pose encore une fois la question des arbitrages budgétaires, l’immobilier étant une source majeure de revenus pour les finances publiques.  

Une refonte du prêt à taux zéro pour atteindre plus de ménages 

Dernier volet clé de cette série de mesures : l’élargissement du prêt à taux zéro (PTZ). Outil phare du soutien à l’accession à la propriété, ce prêt aidé par l’État permet aux primo-accédants de financer une partie de leur achat immobilier sans payer d’intérêts. Cependant, son efficacité est aujourd’hui freinée par des critères d’éligibilité jugés trop restrictifs et un ciblage géographique qui exclut certaines zones encore accessibles.  

Bayrou veut revoir la copie en élargissant l’accès à un plus grand nombre de foyers. Plusieurs pistes sont évoquées : une augmentation des plafonds de revenus pour intégrer une part plus large de la classe moyenne, une extension du PTZ dans les zones considérées comme "à revitaliser", mais qui en sont aujourd’hui exclues, ou encore un assouplissement des conditions de remboursement.  

Le marché immobilier ayant subi des hausses de prix fulgurantes ces dernières années, nombreux sont ceux qui ne peuvent plus prétendre au PTZ alors que leur capacité d’achat est largement entamée par l’inflation des prix immobiliers (supérieure à l'inflation calculée par l'INSEE) et la hausse des taux d’intérêt. Assurer une plus grande couverture du dispositif pourrait relancer le marché, notamment en facilitant les premières acquisitions.  

Cependant, ici aussi, le financement reste une question sensible. Élargir le PTZ signifie nécessairement un effort budgétaire supplémentaire pour l’État, qui subventionne indirectement ces prêts. L'exécutif parviendra-t-il à concilier cette ambition sociale avec des finances publiques déjà serrées ?  

Un nouvel équilibre entre dynamisme économique et prudence budgétaire

Si ces trois mesures ont un potentiel de transformation réel pour le marché immobilier, elles impliquent aussi des défis de mise en œuvre. Bayrou veut donner un coup d’accélérateur aux transactions immobilières en rendant la transmission de patrimoine plus fluide, en allégeant le poids des frais administratifs, et en favorisant l’accession à la propriété avec un PTZ renforcé. Cela pourrait redynamiser un marché parfois engorgé et offrir aux nouvelles générations de meilleures perspectives d’achat.  

Toutefois, à chaque levier d’action correspond un manque à gagner pour l’État. Un accroissement des donations exonérées, une révision des frais de notaire et un PTZ plus généreux représentent autant d’efforts budgétaires qui devront être compensés par ailleurs.  

Alors que l’immobilier reste un sujet brûlant sur le plan économique et social, la question de l’équilibre entre soutien au marché et soutenabilité budgétaire sera centrale. Reste à savoir si ces réformes iront jusqu’au bout et, surtout, si elles auront les effets escomptés sur le terrain. En attendant, propriétaires et futurs acheteurs scrutent avec attention les annonces à venir.

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