économie

La règle limitant à 60 % le ratio dette sur PIB est contestée

Tout comprendre au ratio dette publique sur PIB de 60 % érigé dans le pacte de stabilité de l'Union Européenne.

Publié le
9/12/24
, mis à jour le
25/11/24
November 25, 2024

Contexte historique : d’où vient cette règle ?

La règle qui limite la dette publique à 60 % du PIB est ancrée dans le Traité de Maastricht (1992), fondement de l’Union économique et monétaire de l’Europe, et dans le Pacte de stabilité et de croissance (1997). Ce dernier exige que les États membres de l’UE respectent deux critères principaux :

  1. Un déficit budgétaire ne dépassant pas 3 % du PIB.
  2. Une dette publique limitée à 60 % du PIB.

Ces règles visaient à assurer la stabilité économique et financière de la zone euro en évitant que des niveaux de dette insoutenables fragilisent les finances publiques des États membres et, par extension, la monnaie unique européenne.

Mais pourquoi 60 % ? Ce seuil découle d’une règle empirique basée sur des conditions économiques historiques : au moment de la conception du Traité, le ratio moyen de dette publique dans la Communauté européenne se situait autour de 60 %. Ce chiffre a été retenu comme une référence, sans être véritablement justifié par des études économiques profondes.

Infographie : T. de Vasselot

Ces ratios illustrent la diversité des situations économiques au sein de la Communauté européenne -où la France figurait en bonne place- à la fin des années 1980, et expliquent pourquoi le critère des 60 % a été choisi comme une règle de convergence pour stabiliser les économies des États membres avant la création de la zone euro.

Pourquoi rapprocher la dette publique du PIB ?

La dette publique : qu'est-ce que c'est ?

La dette publique représente l'ensemble des emprunts contractés par un État pour financer ses dépenses lorsque ses recettes (impôts, taxes, etc.) sont inférieures à ses dépenses. Cet emprunt peut provenir de sources internes (investisseurs nationaux) ou externes (marchés internationaux, institutions financières).

Le PIB : mesure de la richesse nationale

Le Produit Intérieur Brut (PIB) est la somme des biens et services produits par un pays sur une période donnée (généralement un an). Il est la principale mesure de la taille de l'économie d'un pays.

En d'autres termes, le PIB représente la richesse annuelle produite par une économie et, indirectement, sa capacité à générer des revenus (à travers les impôts notamment). C'est un indicateur de la force économique d'un pays, et donc de sa capacité à honorer ses obligations financières, y compris le remboursement de sa dette.

Le ratio dette/PIB : Un rapport entre engagement financier et capacité économique

Le ratio dette publique/PIB met en relation la dette accumulée par un État avec la richesse qu'il produit chaque année. Il permet de comprendre la proportion de la dette par rapport à la capacité d'un pays à la rembourser. En clair, ce ratio indique à quel point un pays est endetté par rapport à son économie globale.

Ce rapport est essentiel car une dette élevée peut être soutenable si l'économie est suffisamment dynamique et en croissance. À l’inverse, une dette peut devenir problématique si elle dépasse la capacité du pays à générer suffisamment de richesse pour la rembourser.

Pourquoi ce ratio est-il si important ?

Mesurer la soutenabilité de la dette

Le ratio dette/PIB permet d’évaluer si un pays peut supporter le poids de sa dette. Un pays dont la dette représente 100 % de son PIB (ou plus) est perçu comme plus fragile qu’un pays dont la dette ne représente que 30 % du PIB, car il devra potentiellement consacrer une plus grande partie de ses recettes futures au service de cette dette (intérêts et remboursement du capital).

Comparaison internationale

Le ratio dette/PIB permet de comparer l’endettement des pays entre eux, indépendamment de la taille de leurs économies. Comparer uniquement le montant absolu de la dette publique ne serait pas pertinent : une dette de 2 000 milliards d'euros peut sembler élevée, mais dans une économie avec un PIB de 3 000 milliards d’euros (66 % du PIB), elle est relativement plus soutenable que la même dette dans un pays dont le PIB ne serait que de 500 milliards d'euros (400 % du PIB).

Facilite les décisions économiques et financières

Les gouvernements, les banques centrales, les investisseurs et les agences de notation utilisent le ratio dette/PIB pour évaluer le risque associé à la dette d’un pays. Un ratio très élevé peut indiquer un risque accru de défaut de paiement ou de besoin de recourir à des politiques d’austérité.

Par exemple :

  • Un pays avec un ratio dette/PIB faible est perçu comme plus solide et capable de continuer à emprunter sur les marchés financiers à des taux d’intérêt bas.
  • Un pays avec un ratio très élevé peut voir ses coûts d’emprunt augmenter (car les investisseurs demandent une prime de risque), et cela peut créer un cercle vicieux où la dette devient de plus en plus difficile à financer.
Mesure la marge de manœuvre budgétaire

En période de crise, un pays peut avoir besoin d’emprunter davantage pour soutenir son économie. Un pays avec un faible ratio dette/PIB aura plus de marge de manœuvre pour financer des plans de relance sans mettre en péril la soutenabilité de sa dette. En revanche, un pays déjà fortement endetté avant la crise aura moins de flexibilité.

Les Limites du Ratio Dette/PIB

Même s'il est largement utilisé, le ratio dette/PIB a aussi des limites :

  • Il ne reflète pas la composition de la dette : Une dette détenue en majorité par des investisseurs nationaux (comme au Japon) est souvent perçue comme moins risquée qu'une dette détenue par des créanciers étrangers. Mais le ratio ne capture pas cette distinction.
  • Il ne prend pas en compte la dynamique de la dette : Ce n’est pas tant le niveau absolu de la dette qui compte, mais la manière dont elle évolue. Une économie en croissance rapide peut supporter une dette plus élevée, car le PIB croît également.
  • Il ne considère pas les taux d’intérêt : Si les taux d'intérêt sont bas, même une dette importante peut rester soutenable (c'est pourquoi certains économistes, comme Olivier Blanchard, suggèrent que des niveaux de dette plus élevés peuvent être acceptables aujourd'hui).
  • Il ne reflète pas la qualité des investissements publics : Emprunter pour financer des investissements productifs qui génèrent de la croissance future peut justifier un niveau de dette plus élevé. Le ratio ne prend pas en compte si la dette finance des dépenses courantes ou des investissements à long terme.

60%, est-ce économiquement pertinent ?

La question de la pertinence de cette limite est régulièrement remise en cause, surtout en période de crise (comme celle de la COVID-19), lorsque les États doivent augmenter leur dette pour soutenir l’économie.

Beaucoup d’économistes soulignent que le seuil de 60 % n’a pas de fondement économique universel. La dette publique, selon eux, doit être jugée en fonction de la capacité de l'État à la rembourser, et non en fonction d'un ratio fixe.

  • Olivier Blanchard, ancien économiste en chef du FMI, est un critique majeur de cette règle. Selon lui, dans un environnement de taux d'intérêt bas, des niveaux de dette plus élevés ne posent pas nécessairement un problème pour les finances publiques. Il explique que la capacité d’un pays à supporter la dette dépend davantage de la différence entre les taux d’intérêt et la croissance économique (r-g) que d’un simple ratio dette/PIB.
  • « Si les taux d'intérêt restent inférieurs aux taux de croissance pendant longtemps, alors les gouvernements peuvent supporter une dette bien plus élevée que les 60 % du PIB. » – Olivier Blanchard
  • Thomas Piketty, économiste français bien connu, a également critiqué la limite de 60 %, affirmant qu'elle empêche les États d’investir dans des projets cruciaux, notamment dans les infrastructures ou dans la transition écologique. Pour lui, cette contrainte budgétaire entrave le potentiel de croissance à long terme de l’économie.
  • « Une règle qui restreint les investissements publics au profit d’un ratio fixe est absurde. » – Thomas Piketty
  • Paul De Grauwe, professeur d'économie européenne à la London School of Economics, va plus loin en affirmant que la règle des 60 % n’a aucun sens dans un monde où les banques centrales (comme la BCE) peuvent acheter massivement des obligations d’État et maintenir des taux bas. Selon lui, la dette est bien plus facile à gérer aujourd’hui grâce à ces politiques monétaires non conventionnelles.
  • « La règle des 60 % est fondée sur un monde où les États sont à la merci des marchés financiers. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. » – Paul De Grauwe

La crise de la dette : la réalité diverge de la règle

En réalité, très peu de pays de la zone euro respectent aujourd’hui ce critère. Selon les données de 2023, la moyenne du ratio dette/PIB dans la zone euro dépasse largement les 90 %, certains pays comme l’Italie ou la Grèce affichant même des ratios bien supérieurs à 100 %.

La Commission européenne a, à plusieurs reprises, dû assouplir l’application stricte de cette règle. Par exemple, la clause dérogatoire générale a été activée en 2020, permettant aux États de s'écarter temporairement de ces critères en raison de la pandémie de COVID-19.

La limite de 60 % : vers un abandon ou un ajustement ?

Face à la pression croissante, la Commission européenne a récemment suggéré qu’elle envisageait une réforme des règles budgétaires, notamment en ajustant les critères de déficit et de dette pour les rendre plus flexibles et adaptés à la réalité économique contemporaine.

Les critiques de la limite de 60 % soulignent que, dans un monde marqué par des crises économiques successives, des taux d'intérêt historiquement bas et des défis structurels à long terme (climat, démographie), cette règle semble de plus en plus obsolète.

Conclusion

La règle de la limite de la dette à 60 % du PIB, issue du Traité de Maastricht, visait initialement à garantir la stabilité économique de la zone euro. Toutefois, dans un environnement économique profondément transformé, elle apparaît aujourd’hui pour beaucoup comme une contrainte inutile et déconnectée de la réalité.

Comme l’ont souligné des économistes comme Olivier Blanchard, Thomas Piketty et Paul De Grauwe, la soutenabilité de la dette dépend de bien plus que d’un simple ratio : c’est l’arbitrage entre taux d’intérêt, croissance et investissements qui doit primer. À l’avenir, il est probable que cette règle fasse l’objet de réformes, pour permettre aux États de mieux gérer leur dette tout en investissant dans les enjeux cruciaux du XXIe siècle.

Sources :

  • Blanchard, O. (2020). "Public Debt and Low Interest Rates." American Economic Review.
  • Piketty, T. (2019). "Capital et Idéologie."
  • De Grauwe, P. (2021). "Why the 60% Debt Rule Doesn’t Make Sense Anymore."

Animé par la mission de rendre la finance et l'économie plus claires et accessibles, Tristan aide à décrypter les tendances complexes et à explorer des voies alternatives pour répondre aux enjeux globaux de demain. Expert en finance durable, économie et transition énergétique, il partage ses analyses pour participer à la prise de conscience des enjeux et au progrès sociétal.

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La règle limitant à 60 % le ratio dette sur PIB est contestée

Publié le
December 9, 2024
, mis à jour le
25/11/24
November 25, 2024

Contexte historique : d’où vient cette règle ?

La règle qui limite la dette publique à 60 % du PIB est ancrée dans le Traité de Maastricht (1992), fondement de l’Union économique et monétaire de l’Europe, et dans le Pacte de stabilité et de croissance (1997). Ce dernier exige que les États membres de l’UE respectent deux critères principaux :

  1. Un déficit budgétaire ne dépassant pas 3 % du PIB.
  2. Une dette publique limitée à 60 % du PIB.

Ces règles visaient à assurer la stabilité économique et financière de la zone euro en évitant que des niveaux de dette insoutenables fragilisent les finances publiques des États membres et, par extension, la monnaie unique européenne.

Mais pourquoi 60 % ? Ce seuil découle d’une règle empirique basée sur des conditions économiques historiques : au moment de la conception du Traité, le ratio moyen de dette publique dans la Communauté européenne se situait autour de 60 %. Ce chiffre a été retenu comme une référence, sans être véritablement justifié par des études économiques profondes.

Infographie : T. de Vasselot

Ces ratios illustrent la diversité des situations économiques au sein de la Communauté européenne -où la France figurait en bonne place- à la fin des années 1980, et expliquent pourquoi le critère des 60 % a été choisi comme une règle de convergence pour stabiliser les économies des États membres avant la création de la zone euro.

Pourquoi rapprocher la dette publique du PIB ?

La dette publique : qu'est-ce que c'est ?

La dette publique représente l'ensemble des emprunts contractés par un État pour financer ses dépenses lorsque ses recettes (impôts, taxes, etc.) sont inférieures à ses dépenses. Cet emprunt peut provenir de sources internes (investisseurs nationaux) ou externes (marchés internationaux, institutions financières).

Le PIB : mesure de la richesse nationale

Le Produit Intérieur Brut (PIB) est la somme des biens et services produits par un pays sur une période donnée (généralement un an). Il est la principale mesure de la taille de l'économie d'un pays.

En d'autres termes, le PIB représente la richesse annuelle produite par une économie et, indirectement, sa capacité à générer des revenus (à travers les impôts notamment). C'est un indicateur de la force économique d'un pays, et donc de sa capacité à honorer ses obligations financières, y compris le remboursement de sa dette.

Le ratio dette/PIB : Un rapport entre engagement financier et capacité économique

Le ratio dette publique/PIB met en relation la dette accumulée par un État avec la richesse qu'il produit chaque année. Il permet de comprendre la proportion de la dette par rapport à la capacité d'un pays à la rembourser. En clair, ce ratio indique à quel point un pays est endetté par rapport à son économie globale.

Ce rapport est essentiel car une dette élevée peut être soutenable si l'économie est suffisamment dynamique et en croissance. À l’inverse, une dette peut devenir problématique si elle dépasse la capacité du pays à générer suffisamment de richesse pour la rembourser.

Pourquoi ce ratio est-il si important ?

Mesurer la soutenabilité de la dette

Le ratio dette/PIB permet d’évaluer si un pays peut supporter le poids de sa dette. Un pays dont la dette représente 100 % de son PIB (ou plus) est perçu comme plus fragile qu’un pays dont la dette ne représente que 30 % du PIB, car il devra potentiellement consacrer une plus grande partie de ses recettes futures au service de cette dette (intérêts et remboursement du capital).

Comparaison internationale

Le ratio dette/PIB permet de comparer l’endettement des pays entre eux, indépendamment de la taille de leurs économies. Comparer uniquement le montant absolu de la dette publique ne serait pas pertinent : une dette de 2 000 milliards d'euros peut sembler élevée, mais dans une économie avec un PIB de 3 000 milliards d’euros (66 % du PIB), elle est relativement plus soutenable que la même dette dans un pays dont le PIB ne serait que de 500 milliards d'euros (400 % du PIB).

Facilite les décisions économiques et financières

Les gouvernements, les banques centrales, les investisseurs et les agences de notation utilisent le ratio dette/PIB pour évaluer le risque associé à la dette d’un pays. Un ratio très élevé peut indiquer un risque accru de défaut de paiement ou de besoin de recourir à des politiques d’austérité.

Par exemple :

  • Un pays avec un ratio dette/PIB faible est perçu comme plus solide et capable de continuer à emprunter sur les marchés financiers à des taux d’intérêt bas.
  • Un pays avec un ratio très élevé peut voir ses coûts d’emprunt augmenter (car les investisseurs demandent une prime de risque), et cela peut créer un cercle vicieux où la dette devient de plus en plus difficile à financer.
Mesure la marge de manœuvre budgétaire

En période de crise, un pays peut avoir besoin d’emprunter davantage pour soutenir son économie. Un pays avec un faible ratio dette/PIB aura plus de marge de manœuvre pour financer des plans de relance sans mettre en péril la soutenabilité de sa dette. En revanche, un pays déjà fortement endetté avant la crise aura moins de flexibilité.

Les Limites du Ratio Dette/PIB

Même s'il est largement utilisé, le ratio dette/PIB a aussi des limites :

  • Il ne reflète pas la composition de la dette : Une dette détenue en majorité par des investisseurs nationaux (comme au Japon) est souvent perçue comme moins risquée qu'une dette détenue par des créanciers étrangers. Mais le ratio ne capture pas cette distinction.
  • Il ne prend pas en compte la dynamique de la dette : Ce n’est pas tant le niveau absolu de la dette qui compte, mais la manière dont elle évolue. Une économie en croissance rapide peut supporter une dette plus élevée, car le PIB croît également.
  • Il ne considère pas les taux d’intérêt : Si les taux d'intérêt sont bas, même une dette importante peut rester soutenable (c'est pourquoi certains économistes, comme Olivier Blanchard, suggèrent que des niveaux de dette plus élevés peuvent être acceptables aujourd'hui).
  • Il ne reflète pas la qualité des investissements publics : Emprunter pour financer des investissements productifs qui génèrent de la croissance future peut justifier un niveau de dette plus élevé. Le ratio ne prend pas en compte si la dette finance des dépenses courantes ou des investissements à long terme.

60%, est-ce économiquement pertinent ?

La question de la pertinence de cette limite est régulièrement remise en cause, surtout en période de crise (comme celle de la COVID-19), lorsque les États doivent augmenter leur dette pour soutenir l’économie.

Beaucoup d’économistes soulignent que le seuil de 60 % n’a pas de fondement économique universel. La dette publique, selon eux, doit être jugée en fonction de la capacité de l'État à la rembourser, et non en fonction d'un ratio fixe.

  • Olivier Blanchard, ancien économiste en chef du FMI, est un critique majeur de cette règle. Selon lui, dans un environnement de taux d'intérêt bas, des niveaux de dette plus élevés ne posent pas nécessairement un problème pour les finances publiques. Il explique que la capacité d’un pays à supporter la dette dépend davantage de la différence entre les taux d’intérêt et la croissance économique (r-g) que d’un simple ratio dette/PIB.
  • « Si les taux d'intérêt restent inférieurs aux taux de croissance pendant longtemps, alors les gouvernements peuvent supporter une dette bien plus élevée que les 60 % du PIB. » – Olivier Blanchard
  • Thomas Piketty, économiste français bien connu, a également critiqué la limite de 60 %, affirmant qu'elle empêche les États d’investir dans des projets cruciaux, notamment dans les infrastructures ou dans la transition écologique. Pour lui, cette contrainte budgétaire entrave le potentiel de croissance à long terme de l’économie.
  • « Une règle qui restreint les investissements publics au profit d’un ratio fixe est absurde. » – Thomas Piketty
  • Paul De Grauwe, professeur d'économie européenne à la London School of Economics, va plus loin en affirmant que la règle des 60 % n’a aucun sens dans un monde où les banques centrales (comme la BCE) peuvent acheter massivement des obligations d’État et maintenir des taux bas. Selon lui, la dette est bien plus facile à gérer aujourd’hui grâce à ces politiques monétaires non conventionnelles.
  • « La règle des 60 % est fondée sur un monde où les États sont à la merci des marchés financiers. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. » – Paul De Grauwe

La crise de la dette : la réalité diverge de la règle

En réalité, très peu de pays de la zone euro respectent aujourd’hui ce critère. Selon les données de 2023, la moyenne du ratio dette/PIB dans la zone euro dépasse largement les 90 %, certains pays comme l’Italie ou la Grèce affichant même des ratios bien supérieurs à 100 %.

La Commission européenne a, à plusieurs reprises, dû assouplir l’application stricte de cette règle. Par exemple, la clause dérogatoire générale a été activée en 2020, permettant aux États de s'écarter temporairement de ces critères en raison de la pandémie de COVID-19.

La limite de 60 % : vers un abandon ou un ajustement ?

Face à la pression croissante, la Commission européenne a récemment suggéré qu’elle envisageait une réforme des règles budgétaires, notamment en ajustant les critères de déficit et de dette pour les rendre plus flexibles et adaptés à la réalité économique contemporaine.

Les critiques de la limite de 60 % soulignent que, dans un monde marqué par des crises économiques successives, des taux d'intérêt historiquement bas et des défis structurels à long terme (climat, démographie), cette règle semble de plus en plus obsolète.

Conclusion

La règle de la limite de la dette à 60 % du PIB, issue du Traité de Maastricht, visait initialement à garantir la stabilité économique de la zone euro. Toutefois, dans un environnement économique profondément transformé, elle apparaît aujourd’hui pour beaucoup comme une contrainte inutile et déconnectée de la réalité.

Comme l’ont souligné des économistes comme Olivier Blanchard, Thomas Piketty et Paul De Grauwe, la soutenabilité de la dette dépend de bien plus que d’un simple ratio : c’est l’arbitrage entre taux d’intérêt, croissance et investissements qui doit primer. À l’avenir, il est probable que cette règle fasse l’objet de réformes, pour permettre aux États de mieux gérer leur dette tout en investissant dans les enjeux cruciaux du XXIe siècle.

Sources :

  • Blanchard, O. (2020). "Public Debt and Low Interest Rates." American Economic Review.
  • Piketty, T. (2019). "Capital et Idéologie."
  • De Grauwe, P. (2021). "Why the 60% Debt Rule Doesn’t Make Sense Anymore."

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