En France, les grands patrons expriment leur ras-le-bol face à un environnement fiscal et réglementaire qu’ils jugent excessif et chaotique. Charges sociales trop lourdes, normes disparates et imprévisibilité fiscale plombent une économie déjà fragilisée. Dans un contexte global de compétitivité, ces leaders d’entreprise, parfois peu habitués à parler publiquement, appellent à des réformes radicales et rapides pour éviter une perte d’attractivité qui pourrait s’avérer catastrophique.
C’est une France qui avance à contre-courant, ou du moins c’est ainsi que certains grands patrons perçoivent la situation, comme Bernard Arnault ou Florent Menegaux, qui sont récemment montés au créneau à ce sujet. Avec une régularité préoccupante, chefs de groupes cotés, dirigeants de PME florissantes ou investisseurs influents prennent désormais la parole dans l’espace public, souvent à contrecœur, pour alerter sur un sujet devenu intenable : l’environnement économique français. Ce qui se joue ici dépasse les simples querelles fiscales entre public et privé. C’est, à leurs yeux, la compétitivité économique du pays qui est sur la corde raide.
En coulisses, le mécontentement couvait déjà depuis des années, alimenté par une fiscalité jugée confiscatoire, une bureaucratie légendaire, et des décisions parfois perçues comme contradictoires de la part des pouvoirs publics. Mais l’agacement cède aujourd’hui la place à la colère. Un ras-le-bol généralisé agite les sphères dirigeantes et suscite une question brûlante : dans quels filets la France est-elle en train d’étouffer ses entreprises, et avec elles, son propre avenir ?
Commençons par la fiscalité, régulièrement dénoncée comme l’un des handicaps principaux du « Made in France ». Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2023, la France affichait l’un des taux de prélèvements obligatoires les plus élevés au sein des pays de l’OCDE, représentant près de 45% du PIB, contre une moyenne de 34% dans les autres économies avancées. Pour les entreprises, cette pression est encore plus tangible : au-delà de l'impôt sur les sociétés, les charges sociales viennent alourdir considérablement le coût du travail, rendant la compétitivité quasiment impossible face à des voisins comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni.
Certains patrons, à l’instar de Frédéric Sanchez, président de Fives, s’insurgent : « Il est de plus en plus difficile d’expliquer à nos actionnaires internationaux pourquoi produire en France est une bonne idée. Le coût du travail, certes, pourrait être justifiable si cela garantissait un soutien public exemplaire à l’innovation, mais ce n’est pas franchement ce que l’on observe. »
A cela s’ajoute une absence criante de stabilité. Dans un dilemme comptable permanent, les gouvernements successifs ajustent les taux d’imposition, modifient les exonérations et multiplient des taxes spécifiques. Le manque de prévisibilité fiscale n’est pas un simple inconfort : il devient un frein majeur à l’investissement. Les entreprises ne peuvent se projeter sereinement lorsqu’un cadre fiscal changeant pourrait, du jour au lendemain, remettre en question la rentabilité d’un projet.
Pour un grand groupe industriel comme pour une start-up innovante, le problème des charges est transversal. Ce que déplorent nombre de dirigeants, c’est une spirale que personne ne semble maîtriser, où les entreprises assument de plus en plus un rôle de « collecteur de fonds » pour stabiliser un budget public chroniquement déficitaire. Mais à quel prix ?
Prenez un exemple concret : le financement de la réforme des retraites. Si elle a suscité une avalanche de débats parlementaires, elle a aussi entraîné des amendements qui pénalisent indirectement l’entreprise. « Il y a toujours un moment où l’on tape à la porte du privé pour financer le public, mais cela ne peut marcher indéfiniment », soulignait récemment Geoffroy Roux de Bézieux, ex-président du MEDEF.
Une autre pierre dans le jardin : la complexité administrative qui accompagne ces prélèvements. Bien loin des plaidoyers qui vantent la « simplicité administrative » promise par le guichet unique ou la dématérialisation, les entreprises croulent sous des procédures fastidieuses et chronophages. Et là encore, comparé à ses homologues européens, la France n'obtient guère plus qu’une note passable en matière d’efficacité bureaucratique.
« Réguler » n’est pas une option pour un État ; c’est une obligation. Pourtant, l’ampleur et la profondeur des normes imposées aux entreprises suscitent désormais une véritable fronde dans les milieux patronaux. Qu’il s’agisse des normes environnementales, jugées parfois disproportionnées et impraticables dans un délai réaliste, ou des obligations en matière de reporting, beaucoup de patrons se sentent pris au piège d'une course interminable.
La réglementation autour des émissions carbone illustre parfaitement cette tension. Alors que de nombreux patrons admettent leur conscience des enjeux climatiques, certains dénoncent une approche punitive au lieu d’un accompagnement progressif. Dans une récente sortie médiatique, le PDG d’un grand groupe d’agroalimentaire résumait la situation d’un ton amer : « Nous voulons être partie prenante de la solution, mais on nous impose des cadres techniques impossibles à suivre si nous voulons rester profitables. La solution pourrait nous ruiner avant d’être effective. »
Au-delà des plaintes, tous ces constats partagent une même finalité : déclencher un électrochoc politique. Car les patrons ne pointent pas seulement des erreurs de calcul ou des maladresses techniques : ils accusent une déconnexion inquiétante entre l’État et le secteur privé. Que ce soient les PME ou les grands groupes, nombreux sont ceux qui dénoncent un manque de concertation, voire une ignorance des réalités économiques contemporaines.
Le remède ? Il serait triple, selon plusieurs collectifs de dirigeants influents. Réduire et stabiliser la fiscalité pour recréer une attractivité internationale solide. Alléger drastiquement les charges sociales et normes excessives dans une logique de simplification. Et surtout, dessiner une vision économique claire et partagée, où les entreprises, loin d’être une vache à lait, seraient perçues comme des partenaires indispensables de la croissance.
Un constat revient souvent dans leurs discours : la France a tous les atouts pour exceller. Une main-d'œuvre qualifiée, des infrastructures solides, une tradition d’ingénierie et d’innovation reconnues à l’international. Mais encore faudrait-il libérer son économie des chaînes qui semblent aujourd’hui l’enserrer. Comme le résumait récemment un entrepreneur du numérique : « La France ne manque pas de talents ni de ressources. Ce qu’il lui manque, c’est un État qui lui fasse confiance, qui accepte de laisser respirer ses créateurs de richesse. »
Si cet appel trouve un écho auprès des décideurs publics, alors peut-être que les patrons d’aujourd’hui se diront demain que ce cri de révolte n’était pas vain. Car en l’état, c’est tout l’écosystème entrepreneurial qui risque de sombrer, et avec lui, les promesses d’un avenir prospère pour la France elle-même.
Animé par la mission de rendre la finance et l'économie plus claires et accessibles, Tristan aide à décrypter les tendances complexes et à explorer des voies alternatives pour répondre aux enjeux globaux de demain. Expert en finance durable, économie et transition énergétique, il partage ses analyses pour participer à la prise de conscience des enjeux et au progrès sociétal.
En France, les grands patrons expriment leur ras-le-bol face à un environnement fiscal et réglementaire qu’ils jugent excessif et chaotique. Charges sociales trop lourdes, normes disparates et imprévisibilité fiscale plombent une économie déjà fragilisée. Dans un contexte global de compétitivité, ces leaders d’entreprise, parfois peu habitués à parler publiquement, appellent à des réformes radicales et rapides pour éviter une perte d’attractivité qui pourrait s’avérer catastrophique.
C’est une France qui avance à contre-courant, ou du moins c’est ainsi que certains grands patrons perçoivent la situation, comme Bernard Arnault ou Florent Menegaux, qui sont récemment montés au créneau à ce sujet. Avec une régularité préoccupante, chefs de groupes cotés, dirigeants de PME florissantes ou investisseurs influents prennent désormais la parole dans l’espace public, souvent à contrecœur, pour alerter sur un sujet devenu intenable : l’environnement économique français. Ce qui se joue ici dépasse les simples querelles fiscales entre public et privé. C’est, à leurs yeux, la compétitivité économique du pays qui est sur la corde raide.
En coulisses, le mécontentement couvait déjà depuis des années, alimenté par une fiscalité jugée confiscatoire, une bureaucratie légendaire, et des décisions parfois perçues comme contradictoires de la part des pouvoirs publics. Mais l’agacement cède aujourd’hui la place à la colère. Un ras-le-bol généralisé agite les sphères dirigeantes et suscite une question brûlante : dans quels filets la France est-elle en train d’étouffer ses entreprises, et avec elles, son propre avenir ?
Commençons par la fiscalité, régulièrement dénoncée comme l’un des handicaps principaux du « Made in France ». Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2023, la France affichait l’un des taux de prélèvements obligatoires les plus élevés au sein des pays de l’OCDE, représentant près de 45% du PIB, contre une moyenne de 34% dans les autres économies avancées. Pour les entreprises, cette pression est encore plus tangible : au-delà de l'impôt sur les sociétés, les charges sociales viennent alourdir considérablement le coût du travail, rendant la compétitivité quasiment impossible face à des voisins comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni.
Certains patrons, à l’instar de Frédéric Sanchez, président de Fives, s’insurgent : « Il est de plus en plus difficile d’expliquer à nos actionnaires internationaux pourquoi produire en France est une bonne idée. Le coût du travail, certes, pourrait être justifiable si cela garantissait un soutien public exemplaire à l’innovation, mais ce n’est pas franchement ce que l’on observe. »
A cela s’ajoute une absence criante de stabilité. Dans un dilemme comptable permanent, les gouvernements successifs ajustent les taux d’imposition, modifient les exonérations et multiplient des taxes spécifiques. Le manque de prévisibilité fiscale n’est pas un simple inconfort : il devient un frein majeur à l’investissement. Les entreprises ne peuvent se projeter sereinement lorsqu’un cadre fiscal changeant pourrait, du jour au lendemain, remettre en question la rentabilité d’un projet.
Pour un grand groupe industriel comme pour une start-up innovante, le problème des charges est transversal. Ce que déplorent nombre de dirigeants, c’est une spirale que personne ne semble maîtriser, où les entreprises assument de plus en plus un rôle de « collecteur de fonds » pour stabiliser un budget public chroniquement déficitaire. Mais à quel prix ?
Prenez un exemple concret : le financement de la réforme des retraites. Si elle a suscité une avalanche de débats parlementaires, elle a aussi entraîné des amendements qui pénalisent indirectement l’entreprise. « Il y a toujours un moment où l’on tape à la porte du privé pour financer le public, mais cela ne peut marcher indéfiniment », soulignait récemment Geoffroy Roux de Bézieux, ex-président du MEDEF.
Une autre pierre dans le jardin : la complexité administrative qui accompagne ces prélèvements. Bien loin des plaidoyers qui vantent la « simplicité administrative » promise par le guichet unique ou la dématérialisation, les entreprises croulent sous des procédures fastidieuses et chronophages. Et là encore, comparé à ses homologues européens, la France n'obtient guère plus qu’une note passable en matière d’efficacité bureaucratique.
« Réguler » n’est pas une option pour un État ; c’est une obligation. Pourtant, l’ampleur et la profondeur des normes imposées aux entreprises suscitent désormais une véritable fronde dans les milieux patronaux. Qu’il s’agisse des normes environnementales, jugées parfois disproportionnées et impraticables dans un délai réaliste, ou des obligations en matière de reporting, beaucoup de patrons se sentent pris au piège d'une course interminable.
La réglementation autour des émissions carbone illustre parfaitement cette tension. Alors que de nombreux patrons admettent leur conscience des enjeux climatiques, certains dénoncent une approche punitive au lieu d’un accompagnement progressif. Dans une récente sortie médiatique, le PDG d’un grand groupe d’agroalimentaire résumait la situation d’un ton amer : « Nous voulons être partie prenante de la solution, mais on nous impose des cadres techniques impossibles à suivre si nous voulons rester profitables. La solution pourrait nous ruiner avant d’être effective. »
Au-delà des plaintes, tous ces constats partagent une même finalité : déclencher un électrochoc politique. Car les patrons ne pointent pas seulement des erreurs de calcul ou des maladresses techniques : ils accusent une déconnexion inquiétante entre l’État et le secteur privé. Que ce soient les PME ou les grands groupes, nombreux sont ceux qui dénoncent un manque de concertation, voire une ignorance des réalités économiques contemporaines.
Le remède ? Il serait triple, selon plusieurs collectifs de dirigeants influents. Réduire et stabiliser la fiscalité pour recréer une attractivité internationale solide. Alléger drastiquement les charges sociales et normes excessives dans une logique de simplification. Et surtout, dessiner une vision économique claire et partagée, où les entreprises, loin d’être une vache à lait, seraient perçues comme des partenaires indispensables de la croissance.
Un constat revient souvent dans leurs discours : la France a tous les atouts pour exceller. Une main-d'œuvre qualifiée, des infrastructures solides, une tradition d’ingénierie et d’innovation reconnues à l’international. Mais encore faudrait-il libérer son économie des chaînes qui semblent aujourd’hui l’enserrer. Comme le résumait récemment un entrepreneur du numérique : « La France ne manque pas de talents ni de ressources. Ce qu’il lui manque, c’est un État qui lui fasse confiance, qui accepte de laisser respirer ses créateurs de richesse. »
Si cet appel trouve un écho auprès des décideurs publics, alors peut-être que les patrons d’aujourd’hui se diront demain que ce cri de révolte n’était pas vain. Car en l’état, c’est tout l’écosystème entrepreneurial qui risque de sombrer, et avec lui, les promesses d’un avenir prospère pour la France elle-même.